​Grandir en France en tant qu’immigré



Dans le film « Lost in Translation » (2003), Bob et Charlotte sont égarés dans un espace entre deux mondes, loin de leurs repères visuels, culturels, culinaires et langagiers. Ils se baladent en apesanteur au-dessus d’un univers qui leur échappe. Leur vertige est parfois drôle, et je suis convaincu que tout individu ayant tutoyé le dépaysement se reconnaît en eux. Pour ma part, j’ai quitté le Maroc à l’heure de rejoindre le lycée, et depuis, je suis Bob.

Seul un utilisateur de Google+ peut avoir une idée de la solitude que ressent l’immigré fraîchement débarqué. Les plus avenants envers moi ont été les enfants d’immigrés. Certains vont crier au communautarisme, ils se plantent. Dans Sociologie des quartiers sensibles, Cyprien Avenel affirme que ces jeunes sont souvent accusés à tort d’être communautaires : « Plus on est pauvre, plus on est isolé socialement et plus l’univers de sociabilité se ferme au lieu de résidence. » Les mecs sont parfaitement intégrés dans l’environnement que les politiques urbaines successives ont créé pour eux. Simplement, c’est une sociabilité contrainte. C’est une réalité qu’on trouve aussi bien dans des lyrics de Médine que dans les écrits des sociologues comme Sylvie Tissot.

Finkielkraut est le maître à penser de toute une frange de la population soumise à une trompeuse nostalgie, « ce désir d’on ne sait quoi » comme la nommait Saint-Exupéry. Les gémissements de l’académicien auraient pu être anodins si Rosenthal n’avait pas démontré sur des rats et des enfants qu’on finit toujours par ressembler à l’idée que les autres se font de nous. Il appelle ça l’effet Pygmalion quand c’est positif et Golem lorsqu’il entraîne des conséquences inverses. La pensée finkielkrautienne n’a pas prévu de nous compter parmi ses Français, exerce sur nous un effet Golem permanent et condamne la France à un cercle vicieux.

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Istacec

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