2020 l’exploitation 2.0 




 


Dans un avenir proche, deux travailleurs sur trois effectueront des tâches purement numériques. Je ne parle pas ici de la récente invention des bio-robots, mais de l’ancienne capacité de transformer le corps et l’âme humains en prothèses vivantes qui vient supplémenter la machine.


Il y a quelques jours, un commissaire d’exposition d’une institution artistique de Totonto m’a confié que, vu son volume de travail actuel, il avait engagé les services d’une personne au Pakistan pour gérer et nourrir sa demi-douzaine de comptes Instagram : un consacré à l’art contemporain, un autre à l’architecture japonaise, un autre à la poésie expérimentale et deux ou trois, apparemment les plus exigeants, aux nouvelles tendances ongles – la production de Rosalía en termes d’ongles s’est avérée plus difficile à suivre que celle concernant les expositions du Moma. «Je le paie environ vingt dollars par mois, ce qui pour moi n’est rien, et pour quelqu’un au Pakistan est plus que le salaire moyen.» Le conservateur ne connaît ni l’âge, ni le statut familial ou social du travailleur numérique qu’il engage – il peut même ne pas s’agir d’une seule personne : il ne s’adresse à lui / elle / eux que par le biais d’un compte Internet et d’un compte bancaire. Je vais utiliser le pluriel féminin pour refléter cette multitude subalterne.

Chaque jour, ces travailleuses numériques anonymes étudient les archives d’Instagram du commissaire, se connectent à des centaines d’autres comptes Instagram sur l’art contemporain, sur l’architecture japonaise, sur la poésie expérimentale et sur la cosmétique des ongles et fournissent des nouveaux contenus pertinents. Grâce à un buffer qui centralise tous les comptes et permet l’analyse statistique, une travailleuse numérique peut gérer environ 400 comptes simultanément. Les processus de sélection et d’édition du matériel pour les différents comptes s’appelle digital curating, «commissariat numérique». Le commissaire est à son tour curaté. «Je n’ai même pas le temps de les regarder, dit le commissaire. Mais ils font vraiment un bon travail, ils ont beaucoup plus des likes que je n’en aurai jamais.»

La suite ici : 2020 l’exploitation 2.0 – Libération

21.01.20

Istacec

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