A la chute du Mur, on a évoqué la fin de l’histoire et des idéologies. C’est tout le contraire qui s’est produit








La fétichisation de l’économie qui a suivi la chute du Mur a tué le social : ces disqualifications du politique et du social ont miné les sociétés en profondeur. Le désarroi provoqué conduit à une contestation dont on voit les effets de Beyrouth à Santiago




Quelle est la nature de ce trentième anniversaire de la chute du Mur ? Que marque-t-il et que commémore-t-on ? Le politiste Bertrand Badie, qui vient de publier l’Hégémonie contestée, les nouvelles formes de domination internationale, évoque un malaise au moment de ces célébrations, dû selon lui à l’erreur d’interprétation de l’événement qui a été faite à l’époque.

« Le 9 novembre 1989 marque la fin de la bipolarité, sorte d’hégémonie sur le monde, partagée entre les Etats-Unis et l’Union soviétique mais aussi la fin de la compétition des puissances, et d’une diplomatie réservée uniquement au club occidental. Après quatre décennies de gel des relations internationales pendant la guerre froide, on allait enfin voir apparaître le Sud tenu à la périphérie depuis les décolonisations et la mondialisation qui couvait depuis les Trente Glorieuses.

Il y a trente ans, nous assistions vraiment à la fin d’un monde : il n’y a pas eu de rupture aussi conséquente dans l’histoire des relations internationales depuis ce 9 novembre 1989. Peut-être a-t-on, à chaud, mal interprété l’événement. On s’est précipité sur des évidences, qu’il ne s’agit, certes, pas de remettre en question : la défaite de l’Union soviétique, la victoire des Etats-Unis, la fin de cette étrange guerre froide ou la réunification de l’Allemagne. Nous n’avons pas réalisé que la disparition de la bipolarité ne se résumait pas seulement à la fin de la rivalité entre Moscou et Washington, mais signifiait bel et bien la fin des règles du monde westphalien, celle du premier système international fondé sur la souveraineté des Etats-nations et la politique de puissance, selon des principes vieux de plus de trois siècles. L’ancien modèle supposait la compétition de puissances et la polarisation du jeu international sur le monde européen, tandis que la guerre froide cachait tous les signes qui annonçaient la mondialisation. Dans les faits, celle-ci couvait déjà depuis les Trente Glorieuses mais on ne la voyait pas tant la guerre froide portait bien son nom : elle gelait en apparence des pratiques internationales pourtant déjà bousculées. On ne comprenait pas en 1989 que ce monde souterrain était déjà prêt à émerger. »

La suite ici :https://www.liberation.fr/debats/2019/11/07/bertrand-badie-avec-la-chute-du-mur-la-decolonisation-a-pris-tout-son-sens-le-sud-est-soudain-devenu_1762186

9.11.19

Istacec

Laissez un commentaire

You must be connecté pour laisser un commentaire.