A un doigt de remplacer les machines


doigt

 

Dans un essai captivant, le sociologue Antonio Casilli déconstruit le discours de l’innovation numérique qui prétend pouvoir tout automatiser. Il met en lumière les millions de travailleurs du clic sans lesquels Facebook, Uber ou YouTube tourneraient à vide.

 

 


Les futorologues le répètent à l’envi : avec le développement de l’intelligence artificielle (IA) et la dématérialisation de l’économie, les emplois les moins qualifiés vont disparaître dans un avenir proche. Les robots vont remplacer les hommes, seuls les plus qualifiés d’entre eux auront encore la chance de travailler. C’est la théorie du grand remplacement technologique, qui fait tout aussi peur que l’autre et qui est tout aussi infondée, démontre magistralement le sociologue Antonio Casilli dans son dernier livre publié ces jours-ci au Seuil. A rebours des grandes études, de l’université d’Oxford à celles de cabinets de conseil, comme l’Institut Roland Berger, qui quantifient les destructions d’emplois à venir, le chercheur déploie dans En attendant les robots une tout autre réalité : les algorithmes et les promesses de l’IA n’ont pas effacé la main de l’homme, et encore moins son doigt !

Derrière Uber, Facebook, Siri, derrière les milliards de recherches et requêtes des réseaux sociaux, des millions d’êtres humains à travers le monde créent, affinent, trient, corrigent. Et aident la machine à apprendre et à mieux fonctionner. Ces «millions de micro-tâcherons filtrent des vidéos, étiquettent des images, transcrivent des documents dont les machines ne sont pas capables de s’occuper», explique le chercheur. De «l’intelligence artificielle largement faite à la main», dit-il joliment. C’est ce qu’on appelle le «travail du clic». Notre imaginaire technologique est peuplé de blouses blanches et de types sympas en jean qui font tourner des start-up ? En fait, derrière chaque col blanc, œuvre une armée de cols bleus. Le grand bluff technologique !

Combien sont-ils exactement ? On ne sait pas car la caractéristique première du travailleur du clic est d’être invisible. Combien sont-ils payés ? A peine quelques centimes de dollars par clic, souvent sans contrat et sans stabilité d’emploi. Où travaillent-ils ? Partout à travers le monde, dispersés dans un cybercafé en Inde, une salle d’université au Kenya, une cuisine au Maroc. Ou bien dans des «fermes à clics» où est dopée artificiellement, en vendant du like et du partage, la notoriété d’une marque ou d’une personnalité

La suite icihttps://www.liberation.fr/debats/2019/01/09/a-un-doigt-de-remplacer-les-machines_1701894

11.01.19

Istacec

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