Affaire Sanofi : la santé est-elle un marché comme un autre ?



 


Parce que les États-Unis ont financé un projet de vaccin contre le Covid-19, devraient-ils être les premiers à en profiter, comme l’a affirmé Paul Hudson, directeur général du géant pharmaceutique français Sanofi ? La santé doit-elle ainsi se plier à la logique du marché ? Relève-t-elle de la souveraineté nationale ? Ou doit-elle être un bien commun rendu accessible à tous ? Trois penseurs contemporains à (re)découvrir se déchirent sur cette question.


Au plus offrant. C’est grossièrement la logique d’abord adoptée – avant rétractation – par le directeur général de Sanofi : les États-Unis, ayant financé la recherche, seront prioritaires, plutôt que la France ou l’Europe, si le vaccin développé avec cet argent était agréé. Dès le mois de février, l’entreprise pharmaceutique française a en effet conclu un accord avec l’autorité américaine pour la recherche et le développement biomédical, ce que ni la France ni l’Europe n’ont fait. Si Paul Hudson, le directeur général de Sanofi, a ensuite fait marche arrière, plaidant une erreur de communication et assurant que tout le monde, sans exclusivité américaine, pourrait bien bénéficier d’un éventuel vaccin, il reste que sa déclaration a mis en lumière un conflit entre des logiques opposées sur l’accès au vaccin.

Pour ses défenseurs, la logique du marché libre aurait pour vertu de favoriser l’esprit d’entreprise et la prise de risque, en « libérant » la concurrence. La santé serait un marché comme un autre, et il serait plus efficace que l’État pour gérer les projets innovants. Mais pour le philosophe américain Robert Nozick (1938-2002), auteur du célèbre essai intitulé Anarchie, État, Utopie (1974), c’est plus qu’un principe économique. Il s’agit d’une garantie fondamentale pour l’individu : celle de n’être pas entravé dans sa liberté. Pour ce théoricien du libertarisme, l’État n’a pas à assurer l’égalité entre les citoyens, ni à défendre une conception particulière du bien social. Il doit simplement assurer un rôle « minimal » et réduire son intervention à ses fonctions régaliennes – la police et la justice –, veiller au respect du droit à la vie, à la liberté et à la propriété, ainsi qu’à l’application des contrats. Tout le reste empiète sur la liberté individuelle.

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22.05.20

Istacec

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