Après Gênes, reposer la question de l’état ?


état

 

En 12 ans Autostrade distribue pour 10 milliards de dividendes. Le titre de la société s’envole. Les tarifs augmentent de 70 % (pour une inflation globale d’environ 25 %). La convention de concession est un véritable contrat léonin. Il prévoit une reconduction quasi automatique jusqu’en 2038. Les travaux de maintenance et de sécurité sont « autocertifiés » par la société. 

 

 


Au fil des jours et au-delà des polémiques, deux constats se confirment. La tragédie du pont Morandi était bien annoncée. Les avertissements des experts, les témoignages des habitants, les mesures tardives prises par la société Autostrade elle-même : tout concorde pour affirmer que la catastrophe était prévisible. Ensuite, les propos du gouvernement populiste et d’extrême droite sur une révocation immédiate de la concession autoroutière ont tout de la bravade. Les termes de la convention et les règles juridiques ne permettent pas une décision de ce genre sans enquête préalable sur les responsabilités. Pour contourner l’obstacle, le gouvernement envisagerait le vote d’une loi pour annuler la concession, mais la plus grande incertitude juridique et constitutionnelle est de mise. Bras de fer et rapports de forces démontreront quelles sont les véritables intentions du gouvernement Salvini-Di Maio dans ses relations avec les puissances financières et dans sa défense affirmée de l’intérêt public.

La question du rapport public/privé et plus précisément des privatisations à marche forcée que l’Italie a menée dans les années 90 est bien au centre du drame de Gênes. Il faut rappeler que c’est le centre gauche qui a mis en œuvre et finalisé sans état d’âme la vague de privatisations qui ne concernait pas que les autoroutes. En quelque sorte, mais sur une plus grande échelle, une politique que Elio Di Rupo et les socialistes belges qualifiaient à l’époque de « consolidation stratégique ». Jusqu’au début des années 90, avec l’IRI (Institut pour la Reconstruction Industrielle)[1], l’état italien contrôlait une large part du secteur industriel et financier (chantier naval, hydrocarbures, sidérurgie, télécoms, transports dont les autoroutes, etc.).

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21.08.18

Istacec

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