Big brother chez les Ouïghours


Ouïghours

 

 

Dans la province chinoise du Xinjiang, d’étranges visiteurs et visiteuses s’invitent chez les Ouïghours pour les surveiller, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sept. Cette troisième phase de la campagne a conduit à l’envoi de plus d’un million de civils dans des familles musulmanes rurales pour une série de séjours d’une semaine, se concentrant le plus souvent sur la famille élargie de celles et ceux qui avaient été détenus dans le cadre du vaste programme de «transformation par l’éducation».

 


Les grandes sœurs et grands frères arrivaient souvent en tenue de randonnée. Ils apparaissaient dans les villages en groupes, avec leurs sacs boursouflés sur le dos, leurs bagages remplis de bouilloires électriques, de cuiseurs à riz et autres cadeaux utiles à leurs hôtes. Ils se trouvaient loin de chez eux, mal à l’aise, rétifs à l’idée de dormir à la dure loin du confort urbain. Mais ces «parents éloignés», comme on leur demande de se faire appeler, étaient en mission, alors ils se tenaient la tête haute en pénétrant dans les maisons ouïghoures où ils venaient annoncer qu’ils resteraient longtemps. Les enfants des villages repéraient rapidement les nouveaux arrivants. Ils entendaient leurs tentatives de salutations dans la langue locale, apercevaient leurs drapeaux chinois brillants et le visage rond de Mao Zedong épinglé à leur poitrine, et savaient quoi répondre. «J’aime la Chine» criaient immédiatement les enfants, «j’aime Xi Jinping».

Au cours de l’année passée, des informations venues de la région autonome chinoise du Xinjiang ont fait état d’une campagne de répression religieuse et culturelle contre les musulmans et musulmanes ainsi que de leur détention et de leur confinement au moyen d’un réseau de plus en plus vaste de camps clos par des fils barbelés. Le gouvernement chinois a parfois désigné ceux-ci par les termes de «centre de transformation par l’éducation», de «centre de formation contreterroriste», et plus récemment, dans un contexte de multiplication des critiques venues de l’étranger, par l’expression «centre de formation à la vocation». Le gouvernement décrit ces mesures comme une réaction au terrorisme. En effet, ces camps peuvent être vus comme la continuation logique, bien que grotesque, de décennies de tentatives d’éradication de ce qu’il perçoit comme «le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme religieux» de la minorité ethnique musulmane au Xinjiang. La région et le pays ont en effet vécu des spasmes de violences spontanées d’envergure, ainsi que des cas de violence préméditée résultant du désespoir ouïghour face à des décennies de discrimination et de persécution. Les mesures actuellement mises en œuvre par le gouvernement pour éviter de potentiels troubles futurs semblent reposer sur la supposition que la plupart des Ouïghours sont des extrémistes en puissance.

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21.11.18

Istacec

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