Big business . La fin de la primauté des actionnaires ?






Depuis quatre décennies a cours aux États-Unis la doctrine selon laquelle les entreprises cotées doivent maximiser la valeur actionnariale – en l’occurrence les profits et le cours des actions – , ici et maintenant, quoi qu’il advienne, quelles qu’en soient les conséquences pour les employés, les consommateurs et les sous-traitants. C’est pourquoi la déclaration en faveur d’un capitalisme des parties prenantes, signée au début de ce mois par tous les membres ou presque de la puissante Business Roundtable a fait sensation. Voici en effet les PDG des plus puissantes entreprises que compte l’Amérique qui disent aux Américains et au monde que faire des affaires, c’est regarder au-delà des résultats financiers. Quel revirement ! Mais quel crédit lui donner ?




Milton Friedman, l’idéologue de la liberté des marchés, par ailleurs lauréat du Nobel d’économie, a non seulement beaucoup œuvré à diffuser la doctrine de la primauté des actionnaires mais son influence fut telle qu’on a inscrit cette doctrine dans la législation des États-Unis. Friedman est allé jusqu’à dire qu’« il n’y a qu’une et une seule responsabilité sociale de l’entreprise – utiliser ses ressources et s’engager dans des activités destinées à accroître ses bénéfices ».

C’est curieusement peu après qu’il énonça ses idées, et à peu près au moment où elles furent popularisées et intégrées aux lois de gouvernance des entreprises – comme si elles étaient fondées sur une théorie économique rationnelle – que nous montrions, Sandy Grossman et moi-même, dans une série d’articles de la fin des années 1970, que le capitalisme des actionnaires ne maximise pas la prospérité sociétale.

C’est évidemment vrai en cas d’externalités importantes, comme le changement climatique, ou lorsque les entreprises empoisonnent l’air que nous respirons ou l’eau que nous buvons. Et c’est évidemment vrai lorsque les entreprises poussent à la consommation de produits dangereux pour la santé, comme les boissons sucrées, qui contribuent à l’obésité infantile, ou les analgésiques, qui déclenchent une crise des opiacés, ou lorsqu’elles exploitent la crédulité et la fragilité du chaland, comme l’université Trump et tant d’autres institutions d’éducation supérieure à but lucratif. Et c’est vrai lorsqu’elles tirent profit de leur pouvoir de marché, comme le font de nombreuses banques et de nombreuses sociétés du secteur technologique.

La suite ici :Le capitalisme des parties prenantes fait-il vraiment son retour ? | by Joseph E. Stiglitz

2.09.19

Istacec

Laissez un commentaire

You must be connecté pour laisser un commentaire.