Boris Johnson, le maître des euromythes


euromythes

 

 

 

Le Brexit est le produit de nombreux facteurs, et non d’un seul (2). Ce vote est la traduction du même retour de bâton antiglobalisation observé dans d’autres pays. Il reflète aussi le refus de la politique d’austérité radicale du gouvernement Cameron, qui a rendu les électeurs plus réceptifs à des messages promettant d’augmenter le financement du NHS.

 


Si, traditionnellement, les politiciens sont si doués pour ne pas dire la vérité tout en évitant le mensonge direct, c’est probablement parce que mentir était un crime assez grave pour mettre fin à une carrière. Ainsi, comme le pointe la journaliste britannique Isabel Hardman, il n’est pas facile de s’accommoder d’un monde où les politiciens se moquent désormais d’être pris en flagrant délit de mensonge. Donald Trump est l’exemple le plus évident et le plus grossier, mais il n’est pas le seul, et son succès peut être source d’inspiration aux États-Unis et en Europe

Le succès politique de Boris Johnson [ancien ministre des Affaires étrangères, partisan d’une rupture nette avec l’UE] est le signe que les règles du jeu de la vie publique britannique changent. En 1988, il a été viré de son poste de journaliste du Times de Londres pour avoir inventé une citation ; en 2004, il a été exclu de la direction du Parti conservateur pour avoir menti à propos d’une relation extraconjugale. Journaliste pour The Daily Telegraph, il était devenu le maître des « euromythes » : d’après lui, Bruxelles allait interdire les chips aux crevettes, les bananes incurvées, etc. C’est ce même Johnson qui est devenu une des principales figures du « Vote Leave », après avoir décidé à la dernière minute de faire campagne pour le Brexit plutôt que pour le « Remain ». Quand il a comparé les tentatives de l’UE pour rassembler l’Europe à celles d’Adolf Hitler, était-ce un mensonge ? Ça se discute, même si c’était stupide et insultant. Et le slogan principal du Vote Leave, « Reprendre le contrôle », ne posait aucun problème, car il est toujours possible de discuter du contrôle réel dont peut jouir un pays dans une économie globalisée. Le slogan n’était pas un mensonge, et il était fort efficace.

La campagne pour le Leave restera dans les mémoires pour son bus rouge dont les flancs s’ornaient de cette citation : « Nous envoyons 350 millions de livres à l’UE par semaine, finançons le NHS à la place » [le National Health Service est le système de santé publique britannique]. Ce chiffre de 350 millions de livres ne prenait en compte ni la fameuse ristourne obtenue par Margaret Thatcher pour son pays en 1984, ni la différence entre les paiements bruts faits à l’UE et les paiements nets (puisque l’UE redonne de l’argent à tous les États membres). En 2016, Andrew Dilnot, directeur de l’Autorité statistique indépendante de Grande-Bretagne, a jugé cette déclaration « potentiellement trompeuse ». Son successeur a été « surpris et déçu » quand Johnson a repris le même argument l’année suivante ; il l’a interprété comme « un détournement clair des statistiques officielles ». Un mensonge donc. Et quand un politicien britannique de premier plan persiste dans des affirmations qui ont été si souvent et clairement discréditées, c’est grave.

La suite ici :https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/europe/boris-johnson-le-maître-des-euromythes

20.11.18

Istacec

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