Bruno Latour : «Face à la crise écologique, nous avons fait exactement ce qu’il ne faut pas faire»



 


 Les Etats n’ont pas la légitimité pour imposer des limites à l’activité au nom de la crise écologique, alors qu’ils l’ont face aux impératifs sanitaires, pour sauver les vies des citoyens. Le contraste est très intéressant entre la rapidité avec laquelle on met en place tout un système mondial, même s’il est très divers, pour résister à un virus, et la lenteur avec laquelle on prend en charge une question beaucoup plus grave du point de vue de la santé des humains.

 


Ce qui est commun à tout le monde, c’est que nous sommes tout à fait dépassés par la dimension de l’événement. Nos outils d’analyse sont insuffisants. Je voyais à peu près comment cerner la crise sanitaire. Mais la crise économique qui s’y articule me paraît tellement massive que je suis tenté de partir à la campagne et de m’écarter de ces problèmes sans plus penser à rien ! On ne peut encore cerner le virus, socialement, politiquement, collectivement. Il est une construction extrêmement labile, quand on pense qu’on n’est même pas capable de s’entendre sur la façon de faire des essais cliniques.

Toutes les solutions classiques sont poussées à bout, et comme c’est souvent le cas en situation de crise, on fait feu de tout bois. Mais ce n’est pas une spécificité de cette pandémie.

Quelles sont à vos yeux les particularités de la pandémie actuelle ?

Outre l’incroyable rapidité de la circulation du virus, mais aussi des réactions dans le monde entier, la première particularité tient au fait que nous avons offert au Covid les mêmes conditions que celles que l’on donne à un insecte qui viendrait dévorer une forêt dont les arbres sont tous identiques. Il a circulé parmi des milliards d’humains tous connectés entre eux et peu prêts à se défendre.

Par le transport, par le commerce, nous nous sommes alignés les uns à côté des autres et nous lui avons dit : «Profite de la situation !» Le virus passe simplement de bouche à bouche, et pourtant, il obtient des effets globalisants absolument stupéfiants. Ayant eu le Covid, je peux ressentir quelque chose qui vient de Chine de façon très concrète. Je trouve intéressant que l’on ne puisse pas coller ce virus dans un rapport entre local et global, mais que l’on ait plutôt affaire à une diversité de réactions et de situations à toutes les échelles.

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17.05.20

Istacec

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