Catalogne: un tour pour rien?


Catalogne

À aucun moment, la gauche indépendantiste n’a réussi à coupler un quelconque programme socio-économique de gauche à la revendication de l’indépendance. La souveraineté, oui, mais pour quoi faire ? La question fut totalement absente de la campagne et, dans ce cas, on pouvait s’attendre à ce que le « parti du président » préserve sa position dominante. Seule la mise en avant d’un tel programme aurait pu convaincre la gauche – politique, syndicale et culturelle – des autres régions d’Espagne que l’indépendantisme des Catalans n’était pas celui d’une région riche ne voulant plus partager sa prospérité,


Les résultats du 21 décembre semblent exactement reproduire la situation qui prévalait auparavant. Avec une participation remarquablement élevée dont chaque camp en présence espérait pouvoir bénéficier (82 %, soit 7 de plus que lors du scrutin précédent de 2015), les indépendantistes conservent, malgré un léger tassement, une courte majorité en sièges (70 sur 135) tout en restant minoritaires en voix (47,49 %). La Catalogne reste parfaitement coupée en deux.

Les deux champions quasiment érigés en chefs de guerre – l’indépendantiste Puigdemont et l’unioniste Rajoy – misaient tous deux sur le résultat du 21 décembre pour faire pencher à leur profit la balance électorale. Rajoy fondait ses espoirs sur des sondages indiquant le refus d’une majorité de Catalans de toute fuite en avant vers une indépendance improvisée, Puigdemont tablait sur le rejet provoqué par l’inqualifiable violence – policière et judiciaire – dont les autorités madrilènes usaient à l’encontre de l’expression de la volonté populaire du peuple catalan. Les deux ont échoué, ce qui suggère que la coupure en deux de l’opinion catalane est « structurelle » et va au-delà des circonstances politiques.

Mais on relèvera surtout l’échec des gauches catalanes. Les sondages prévoyaient qu’au sein de la coalition indépendantiste, la gauche modérée d’Oriol Junqueras (ERC) dépasserait la droite nationaliste historique de Puigdemont, raison pour laquelle elle refusa de faire liste commune avec elle. Ce pronostic ne s’est pas réalisé. Plus encore : la troisième composante du camp indépendantiste, la CUP, classée à l’extrême gauche et la plus radicale dans sa stratégie indépendantiste, a perdu près de la moitié de ses voix et plus de la moitié de ses sièges, passant de 10 à 4. Échec aussi de la coalition Catalogne en commun – Podem, une gauche alternative non indépendantiste, mais qui avait défendu le droit à l’autodétermination des Catalans. Celle-ci perd 3 de ses 11 sièges : dans un climat de polarisation extrême autour de la question nationale, son propos devenait inaudible.


La suite ici : Catalogne : un tour pour rien ?

11.01.17

Istacec

Laissez un commentaire

You must be connecté pour laisser un commentaire.