« C’était mieux avant… », par Pierre Rimbert


Pierre Rimbert

[Un texte de 2014]
Le rapport optimiste à l’avenir tenait alors à la conviction que tout pouvait basculer, qu’un autre monde était à portée de main, autant – si ce n’est davantage – qu’à la démocratisation du téléviseur et de la cuisine équipée. On touche là au paradoxe des nostalgiques « trente-glorieux » : ils regrettent à présent un ordre que leurs aînés combattaient hier.


À mesure que la crise économique obscurcit l’horizon du XXIe siècle, une nostalgie des « trente glorieuses » s’impose en France : on regrette le temps « béni » du plein-emploi, des conquêtes sociales, de l’effervescence culturelle et politique. Cette légende dorée occulte une partie de la réalité. Et fait obstacle à l’invention de projets d’avenir.

Présent maussade, avenir bouché : rêvons d’hier… Dans l’Europe de la fin du XIXe siècle, dans la Chine défaite par les guerres de l’opium ou dans l’Amérique des années 1930, le thème politique du retour aux valeurs et aux traditions fit florès. Comme dans la France contemporaine, où il s’accompagne d’un climat de « rétromania » culturelle – rééditions de Mini Cooper, culte du kitsch et séries sur les années 1960. La combinaison d’une crise économique suffisamment profonde pour obscurcir les perspectives d’avenir et d’une accélération technologique qui brise les formes usuelles de convivialité fait la fortune des entrepreneurs de nostalgie.
La suite ici : « C’était mieux avant… », par Pierre Rimbert (Le Monde diplomatique, septembre 2014)

30.03.17

Ana

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