Comment expliquer le retour fracassant des populismes ?


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On ne combat pas le populisme identitaire en vendant le grand marché pur et parfait de la concurrence non faussée! La question nationale est légitime quand elle est couplée à la question sociale. Quand il ne reste que la première, le populisme gagne. Pas n’importe lequel : celui qui, outre qu’il oppose le peuple et les élites, oppose « les nôtres » aux « autres ».

 


Spécialiste reconnu de l’extrême-droite française, Jean-Yves Camus est chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) depuis 2006 et dirige, depuis 2014, l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès. Il participe à l’ouvrage collectif, sous la direction de Bertrand Badie et Dominique Vidal, Le retour des populismes, l’état du monde 2019 aux éditions « La Découverte », à paraître le 6 septembre prochain. À rebours des clichés, et refusant l’alarmisme, il établit les causes et raisons expliquant la montée du populisme en Europe.

Le retour des populismes, c’est le titre de l’ouvrage auquel vous avez participé. Et c’est sous le signe de ce retour que vous signez cet « Etat du monde ». Est-ce que vous pouvez établir une chronologie de ce retour avec ses temps forts ? 

Ce retour date des années 80, lorsque l’extrême-droite a connu des succès électoraux dont le FN était d’ailleurs un des principaux exemples et a commencé à profiter à la fois de la crise économique qui touchait les classes populaires et de la transformation des sociétés européennes dans le sens du multiculturalisme, non seulement en raison de l’immigration, mais aussi parce que les valeurs culturelles de la gauche portaient ce projet de société plurielle. Une partie non négligeable des électeurs n’a pas accepté ces évolutions. Puis au début des années 2000, ces partis déjà qualifiés de nationaux-populistes, ont entrepris un processus de modernisation visant à gommer les aspects de leur programme et de leur manière de faire de la politique, les plus susceptibles de les inscrire dans la continuité des fascismes.

C’est la fameuse « dédiabolisation ». En même temps, des partis sont nés, et d’autres ont prospéré, qui n’étaient pas issus de l’extrême-droite traditionnelle : en Hollande avec Pim Fortuyn, en Scandinavie où les populismes danois, norvégiens, finnois, sont en fait des droites classiques devenues radicales sur la question de l’immigration. Tout ceci sur fonds de ralliement massif de la gauche gouvernementale aux postulats néo-libéraux, tandis que la droite, libérale ou conservatrice, se lançait dans une course aux électeurs qui les voyait embrayer sur le discours identitaire des populistes.

Sur quoi repose ce retour ? Une économie en baisse marquée par la hausse au début des années précarité ? Comment alors expliquer la montée du SD (Démocrates de Suède) en Suède dont l’économie se porte bien, ou mieux que ses voisins ? La vague migratoire est-t-elle la seule explication ?

Bien sûr que non ! Suède, Suisse, Norvège, voilà des économies fortes ! La vague migratoire qui commence en 2015 amplifie le populisme identitaire parce que les attentats djihadistes ont radicalisé une partie de l’opinion, mais elle n’en est pas la cause principale qui est, je le répète, la transformation vers le multiculturalisme de nos sociétés, à un moment où l’Europe perd son hégémonie culturelle, sa force économique et politique, où le récit européen produit par l’UE n’accroche plus, ne mobilise plus.

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6.09.18

Istacec

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