Comment perdre les citoyens en trois leçons



Le gouvernement fédéral est désormais ouvertement divisé. Comme durant l’été c’est toute l’adhésion aux mesures qui pourrait s’écrouler. Car, en quelques heures hier la cohérence de la réponse des autorités face au Covid a volé en éclat. Cohérence qui est pourtant cruciale pour susciter l’adhésion. Les libéraux francophones, à la grande différence de ceux du nord du pays, ont décidé d’une stratégie de la particip-opposition, ou une stratégie du passager clandestin.


Première leçon, semer le doute. Ainsi, le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus, Yves Van Laethem, estime qu’on aurait pu décider d’avoir plus de contact à Noël. Il ne comprend pas la mesure. Si c’est un virologue qui le dit, qui plus est celui qui est la voix et le visage et la caution scientifique de la stratégie belge évidemment la décision politique apparaît d’un coup comme excessivement sévère.

Deuxième leçon, nourrir le doute. C’est Frank Vandenbroucke, le ministre de la Santé, sommé d’expliquer pourquoi la réouverture des commerces « non-essentiels » est jugée sans danger aujourd’hui et pas il y a un mois. Plutôt que de répondre, comme il l’a fait jusqu’ici, qu’il fallait éviter les possibilités de déplacements et gérer les flux de contacts, voilà soudain surgir une « stratégie du choc ».

Pour le coup, ça a fait un choc aux commerçants. Oui, la justification de Frank Vandenbroucke est maladroite, elle manque bêtement de psychologie. Beaucoup de commerçants se sentent sacrifiés pour la cause. Et de nombreux citoyens se sentent infantilisés. Ils y trouveront de quoi renforcer leurs jugements.

Pourtant il faut se rappeler le contexte. La Belgique était fin octobre de loin le pire pays d’Europe en matière de contaminations. Pourtant, les décisions ont été moins dures qu’en Irlande ou qu’en France. Un rapport du Celeval (experts) évoquait bien noir sur blanc deux mesures drastiques : la fermeture des commerces (16 voix contre 2) ou la limitation des déplacements. C’est la première option qui a été choisie.

Le choix était donc justifiable, encore faut-il le justifier avec une ligne claire. Il est d’autant plus justifiable que ces mesures ont fonctionné. La Belgique est passée de la première place à la 23e place, au côté de l’Allemagne, au classement européen des contaminations par 100.000 habitants.

Semer le doute, nourrir le doute et enfin profiter du doute. C’est la troisième leçon. Face à cette erreur du ministre de la santé, l’opposition fait son travail, elle critique. Le PTB, le cdH et DéFI ont assez logiquement demandé des explications au ministre Vandenbroucke.

C’est déjà plus délicat du côté de la N-VA. Très critique depuis l’opposition au fédéral, Jan Jambon a pourtant validé cette décision de fermeture en comité de concertation. Le parti connaît donc les enjeux et les raisons évoquées à l’époque autour de la table, il feint aujourd’hui de s’en étonner.

Pire encore, dans l’opposition fédérale, on retrouve de plus en plus le MR qui semble vouloir se laver les mains de cette fermeture.

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2.12.20

Istacec

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