Davos, une machine à produire le langage des élites globales


Davos

Selon la formule cruelle du journaliste Lewis Lapham, cette « montagne des vanités » est le lieu ou « se concentrent 70% de la production mondiale d’autosatisfaction ».  On y tisse chaque année une pensée-édredon, dont la liste des thèmes des forums donne une petite idée : il y est question de « remodeler le monde » (2014), de « créer un futur partagé dans un monde fracturé » (2018) en s’appuyant sur « un leadership réactif et responsable » (2017) capable de « maîtriser la quatrième révolution industrielle » (2016) dans « le nouveau contexte global » (2015)…


Tous les ans, à la fin du mois de janvier, commence la migration des mécaniciens de l’économie mondiale. Au même moment, ils quittent leurs plaines pour les cimes de la Suisse alémanique et rejoindre, nichée dans une vallée chère à Thomas Mann, la coquette station de Davos.

Ce sont des grandes fortunes, des capitaines d’industrie, des chefs d’Etat, des ministres, des experts en vue. Plus quelques centaines de gogos, patrons de grosses PME qui ont payé 50.000 euros pour « en être » et, pensent-ils, refaire le monde. Un formidable dessin de Lefred-Thouron dans « le Canard enchaîné » résume à la perfection la vanité de l’entreprise. On y voit Emmanuel Macron sur le pas de la porte, valise à la main. « Je pars à Davos construire un avenir commun dans un monde fracturé », dit-il à Brigitte. « Sois prudent », répond-elle.

Après la crise financière de 2008, il n’était pas déraisonnable de penser que ce machin suisse finirait dans les poubelles de l’histoire. Le forum des élites mondiales, incarnation de cette globalisation financière alors vouée aux gémonies, n’avait-il pas prouvé son inutilité, voire sa toxicité ? N’était-il pas temps d’inventer d’autre chose ? Davos aurait dû alors faire faillite : il serait resté dans nos mémoires comme une bizarrerie générationnelle, le symbole d’un dérèglement de la fin du XXe siècle.

Mais non. A l’image du capitalisme indestructible car élastique, Davosa survécu à la crise.


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26.01.18

Istacec

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