De l’importance d’un article défini



Il y a peu, la conférence des présidents de l’Assemblée nationale a longuement et âprement débattu d’une grave question : dans les documents officiels de cette auguste maison, le groupe parlementaire Les Républicains peut-il être désigné par ses initiales (LR), comme c’est l’usage ? Son président, Christian Jacob, s’y est farouchement opposé, craignant sans doute que cette abréviation ne se généralise dans l’usage courant. Du coup, les cinq autres groupes présents dans l’hémicycle ont exigé d’être désignés, eux aussi, par leur dénomination complète, souvent assez longue – comme par exemple celle du groupe Radical, républicain, démocrate et progressiste (RRDP), qui rassemble les députés radicaux de gauche.

(…) Il semble difficile de faire entrer dans le langage des rues, des salons ou des médias des expressions comme « le LR » ou « les LR », puisque la première lettre du sigle représente déjà un article défini. C’est sur cet article, justement, que pourraient s’appuyer les censeurs de l’ex-UMP, accusée de « privatiser » ce « bien commun » qu’est la République.

En effet, nous disent les grammairiens, l’article défini désigne précisément le « référent » (la personne, la chose, le groupe…) auquel il s’applique, à l’exclusion de tout autre. Il en aurait été autrement si le substantif « Républicains » avait été accompagné d’un complément (« Les Républicains de progrès », par exemple) ou d’un adjectif : un tel ajout indique clairement que, sous un même nom, peuvent exister plusieurs catégories. Nous aurions pu suggérer par exemple « Les Républicains sarkozystes », impliquant qu’il peut exister aussi des Républicains juppéistes, fillonistes, centristes, et même socialistes… Mais nous n’avons pas été consultés.

Source : De l’importance d’un article défini, Editos & Analyses

Ana

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