De quoi la médiocrité de notre politique est-elle le nom ?




L’impréparation, le bricolage ou l’improvisation de nos dirigeants ne sont pas les effets d’une conjoncture, mais ceux d’un imaginaire doctrinal qui réduit la pratique politique à des platitudes asphyxiantes. Devant l’absence d’anticipation et les manquements grossiers de l’État, il ne suffit pas d’affirmer que le passé est passé. Car le passé ne passe pas et penser à l’avenir n’a de sens que si nous diagnostiquons les causes structurellement à l’œuvre.


A gauche, les intellectuels mettent en cause le « néolibéralisme ». Ils le font avec raison, à condition d’être au clair sur le concept. Car le néolibéralisme est un agencement tordu, particulièrement tordu À l’instar du libéralisme, le néolibéralisme croit que la libre concurrence motivée par le profit constitue la condition d’une croissance optimale. Mais, tirant la leçon des mouvements contestataires (années 60), le néolibéralisme ne croit plus en l’émergence spontanée des marchés : ceux-ci doivent être créés artificiellement.

La stratégie va consister à retourner l’État contre les institutions publiques. L’État, sous sa forme bureaucratique, doit s’employer à planifier la logique du rendement. Paradoxalement, le néolibéralisme s’empare du pouvoir étatique pour détruire la puissance publique et instituer de cette manière, en tout lieu, les conditions d’un marché dérégulé au possible. Le néolibéralisme éclate donc dans l’alliance entre bureaucratie intraitable et marché débridé.

En matière de politique sociale, l’imaginaire néolibéral produit une « pensée » sans moyen ni profondeur. Une non-penséeobnubilée par les coupes budgétaires détricotant l’espace public, dont les morceaux peuvent être investis par leur marchandisation. Ainsi, la petite musique de la non-pensée consiste-t-elle à amalgamer dépenses et déficit publics. L’État doit être placé par principe sous la tutelle permanente de la rigueur. Pour la non-pensée, faire de l’économie, c’est faire des économies. L’efficience comme mot d’ordre : un minimum de moyens et/ou de coûts pour un maximum d’effets (mais lesquels ?). C’est pourquoi, au nom du flux tendu, on ne renouvellera pas les stocks stratégiques.

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1.05.20

Istacec

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