Données personnelles: défendons nos liens plutôt que des « biens »!


nos liens

Mettre en place un droit de propriété sur les données produites reviendrait à établir un rapport féodal entre les utilisateurs et les plateformes. Il faut au contraire privilégier une approche collective qui puiserait dans le riche héritage des droits sociaux.


Mes data sont à moi, c’est le titre d’un rapport publié ces derniers jours par le think tank Génération libre, qui défend la thèse d’une « patrimonialisation » et d’une « monétisation » des données personnelles. Au nom des insuffisances du cadre réglementaire actuel, nous devrions revendiquer la création d’un droit de propriété sur ces informations pour que les individus puissent négocier leur utilisation avec les plateformes numériques et éventuellement se faire rémunérer en contrepartie. Derrière cette proposition, on trouve l’idée, largement répandue, que c’est au marché de réguler l’utilisation des données, et nous pourrions espérer générer ainsi un petit pécule, notre part du gâteau des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

Comment en est-on arrivé à penser que le marché est l’espace ultime de régulation de nos usages numériques  ? L’économiste hongrois Karl Polanyi a montré comment le sophisme écono­mique, qui consiste à confondre l’économie et le marché autorégulé, n’a pu advenir au tournant de la révolution industrielle qu’en transformant la terre, le travail et la monnaie en « marchandises fictives ». L’extension de cette conception libérale à la sphère numérique tente de nous abuser à nouveau en présentant comme naturelle l’interprétation des traces de nos vies numé­riques comme des données marchandises, sous prétexte qu’il existe un marché organisé par des entreprises qui, en les exploitant, en tirent un avantage financier.

Sous couvert d’«innovation», les espaces et les gestes de notre intimité, nos relations humaines pensées et vécues comme privées et non productives ­deviennent une matière première monnayable. Cette prédation révèle la violence technique, économique et politique du processus de financiarisation et appelle une conversation collective sur la façon dont nous voulons faire société  : souhaitons-nous que chaque pan de notre vie ­numérique soit assimilable à une marchandise  ?


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12.02.18

Istacec

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