Dominique Wolton. « L’incommunication, moteur de l’Europe » 



 

 


L’incommunication entre Européens, qui ne s’aiment guère ni ne se comprennent, n’est pas une faiblesse, mais une force, selon l’essayiste Dominique Wolton. Elle est paradoxalement la condition structurelle pour faire l’Europe. « Utopiste ? Non pas plus que de croire que le plus impossible des projets politiques pourrait réussir en étant seulement un vaste marché dominé par la finance. »

 

 

Tout a mal commencé, en Europe, avec le covid-19. Comme d’habitude, pourrait-on dire. La santé ne faisant pas partie des politiques communes, justifia le repli sur soi et la méfiance à l’égard des autres. C’était l’effroi même, tant le virus semblait tout dévaster. Pendant un mois, du 9 mars au 9 avril, il n’y avait que cafouillages, silences et angoisses. Échec des conseils européens extraordinaires ; fermeture en désordre des frontières ; comédie des masques et de leur trafic ; absence de pont aérien sanitaire ; minimum de coopération bi- et multilatérale ; enfermement de chacun dans ses peurs ; échec des conférences des ministres des Finances…

Et puis, d’un seul coup, quelque chose s’est produit. Au bord du précipice comme toujours, l’Europe s’est réveillée. Le 8 avril, Christine Lagarde appelle à s’unir. Même si les vingt-sept ne se mettent pas d’accord. Le symbole du retournement se fait le 19 mai, avec le plan de solidarité Merkel-Macron de 500 milliards d’euros, malgré l’opposition des quatre « frugaux ». Le mercredi 27 mai, Ursula von der Leyen annonce un plan de relance inédit de 750 milliards d’euros.

L’Europe, comme toujours, au bord du précipice n’a pas sauté. Même si, maladroite dans sa communication, elle a d’abord parlé chiffres avant de parler aux citoyens. Depuis qu’il est question de déconfinement, tout le monde se retourne « naturellement » vers l’Europe pour savoir ce qu’elle va faire ! Les positions se rapprochent et les Européens décident finalement de faire mentir le destin, trouvent des portes de sortie, se rappelant qu’ils sont presque la première puissance économique, commerciale, financière, scientifique du monde. Et qu’ils savent négocier. Ce qui devait être un échec de plus relance au contraire la volonté de s’en sortir et d’agir même à l’extérieur pour l’Afrique, l’OMS et, finalement, pour cet idéal du multilatéralisme que l’on croyait déjà mort.

C’est cela l’Europe : « toujours pessimiste, jamais d’accord, mais toujours ensemble ». La force de la plus grande utopie pacifique et démocratique de l’humanité ? Un projet profondément politique qui risque régulièrement de s’affaisser dans le libéralisme financier et économique, mais qui retrouve régulièrement ses racines politiques et la solidarité.

La suite ici : TRIBUNE. « L’incommunication, moteur de l’Europe », par Dominique Wolton

20.06.20

Istacec

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