Du trop d’Etat à l’Etat démissionnaire




Un glissement s’est opéré depuis plusieurs décennies. L’État producteur a certes régressé. L’État investisseur de même. L’État redistributeur a lui aussi été contesté à des degrés divers selon les pays. Mais globalement, les États des pays de l’OCDE n’ont pas reculé en masse financière. On leur a presque partout conféré le rôle de facilitateur des affaires et de grand assureur final des risques économiques qui est allé crescendo. 


L’État s’est maintenu financièrement alors qu’il a déserté peu à peu des pans entiers de la production dont il ne possèderait pas les clefs d’une gestion efficace. Il s’est concentré avec des moyens rabougris sur ses fonctions régaliennes : sécurité et justice notamment. Il continue à assurer un socle commun de production en matière de santé et d’éducation.

Mais le bien-fondé de son intervention est de plus en plus contesté : autonomie, gestion privée, augmentation des droits d’inscription ou des tarifs sont la tendance, les banques et les assurances privées revendiquant leur capacité à prendre la relève des États pour financer l’accès à ces services. Énergie, transport, télécommunication, tous les services considérés autrefois comme essentiels et stratégiques ont basculé de leur côté dans la sphère concurrentielle, l’État ne conservant que le coût fixe des grandes infrastructures de réseau, et déléguant l’exploitation à des opérateurs privés mis en concurrence.

Ce glissement a deux conséquences immédiates. Sur ces champs, les principes directeurs qui guident la sphère privée s’imposent : la diversification/segmentation de l’offre, les économies d’échelle et la gestion à flux tendu, à stock minimal. C’est le nerf de la guerre concurrentielle. Appliquer les règles de gestion privée à ces sphères a donc pour corolaire de rompre l’homogénéité de l’offre, de multiplier les gammes, donc de rompre avec le principe d’égalité, de pousser à la hausse les volumes, en matière de transport aérien par exemple, en contradiction avec tous les objectifs environnementaux, et d’abandonner tout ce qui ne relève pas d’une demande récurrente, stable et rentable : fermer les petites lignes régionales, limiter le nombre de lits en hôpital, ou l’appareillage pour en optimiser l’utilisation, etc., avec tous les risques et les pertes d’externalités que cela comporte. C’est tout cela qui nous explose en pleine face actuellement. L’aggravation des crises sociales, environnementales et sanitaires nous met face à la démission productive des États.

À côté de cette grande tendance, il y a la montée de la fonction assurantielle. Qui n’a jamais été sacralisée dans les textes. Elle est devenue invasive. Face à l’instabilité du système, c’est l’État qui devient le grand gardien du maintien à flot de l’économie.

La suite ici :Olivier Passet, Xerfi – Du trop d’Etat à l’Etat démissionnaire – Décryptage éco – xerficanal.com

9.05.20

Istacec

Laissez un commentaire

You must be connecté pour laisser un commentaire.