En attendant le jour où nous pourrons à nouveau nous embrasser



 

 


Quoi qu’il se passe désormais, à l’issue de cette crise majeure, mondiale et totale, plus rien ne sera comme avant. On écrit souvent cela par habitude, par paresse intellectuelle, mais cette fois, on peut dire que la formule n’est pas usurpée.

 

 


Pendant quelques semaines, peut-être davantage, nos vies quotidiennes vont être bouleversées. Nous allons vivre au rythme des consignes officielles, mais aussi du décompte macabre des personnes infectées, puis décédées. De notre capacité à rester disciplinés et à nous entraider les uns les autres dépendra notre salut collectif et individuel. Mais au terme de cette période, à considérer que l’atmosphère redevienne respirable – ce qui à ce jour reste heureusement l’hypothèse la plus probable – nous aurons à nous interroger sur notre modèle de civilisation.

Dans son discours à la nation prononcé jeudi 12 mars, le président de la République a posé les bases d’un virage majeur : « Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile au grand jour les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite, sans condition de revenus, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond à d’autres, est une folie. »

Nous nous sommes souvent posés la question, en tant que journal dédié à l’avenir : peut-on prendre de grandes décisions « à froid » ? La réponse est non, et cette crise vient de le prouver : pas d’ONU sans seconde guerre mondiale. Pas de sécurité sociale sans régime de Vichy. L’espèce humaine est incorrigible : elle attend la catastrophe pour réagir. C’est hélas dans les moments les plus tragiques qu’on prend soudain conscience de la nécessité absolue de contraindre la main invisible. Et c’est quand on le croit moribond, achevé par le libéralisme triomphant, que l’État est appelé à la rescousse. L’État qui organise, l’État qui protège, l’État qui soumet la loi de la jungle à sa propre loi à lui, celle de l’intérêt général.

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16.03.20

Istacec

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