En niant l’avis de la société civile, l’État alimente son insidieuse violence institutionnelle






Le système néo-libéral et méritocrate a aussi fait de la responsabilisation individuelle une valeur cardinale face à laquelle tous les citoyens ne sont pas égaux. « La manière dont on a changé les rôles a mené à une responsabilisation qui renforce les forts et affaiblit les faibles,




Le temps est au grondement de la rue. Gilets jaunes, activistes ou élèves de secondaires mettent actuellement les décideurs face à leurs responsabilités. Mais au-delà de leurs revendications concrètes, ils luttent contre un type de violence plus pernicieux. Quand on leur demande s’ils sont partisans d’actions plus agressives, ils répondent en chœur que leur potentielle violence ne dépassera jamais celle que l’État impose à ses citoyens. Car derrière le récit de la démocratie comme garant de la paix sociale se cache en effet une brutalité institutionnalisée.

La violence institutionnelle se produit lorsque les institutions font le contraire de ce qu’elles prétendent représenter, explique Marc Zune, prof de sociologie à l’UCLouvain. Lorsqu’un système scolaire sélectionne plus qu’il n’émancipe, qu’une police est davantage dans la répression que la protection de sa population, qu’un système fiscal produit des inégalités plutôt que d’assurer une juste répartition de l’impôt, etc. Ou lorsque la rigidité de ces institutions les empêche de faire face à des crises nouvelles en changeant leur cadre de pensée. Dans les deux cas elles apparaissent illégitimes et leur entêtement à ne pas changer conduit à une forme de violence symbolique et institutionnelle. »

Pour le sociologue, les différentes versions du gouvernement Michel, notamment, ont délibérément nié l’avis de la société civile et des experts sur de nombreux sujets, particulièrement sur les enjeux climatiques actuels. « La mandature politique a voulu affaiblir l’expression de cette société civile. Il est tout aussi grave de constater que l’ensemble de la communauté scientifique, les institutions internationales, le GIEC, l’OCDE, les Nations Unies, et même le Forum de Davos font hurler les sirènes d’alerte en faveur de la transition et que ces signaux sont niés ou ridiculisés. D’autant qu’on sait que dans des sociétés inégalitaires comme les nôtres, il va affecter les plus faibles, à la santé la plus fragile, ceux qui ne seront pas informés et qui ne pourront réviser facilement leurs modes de vie. La violence ici, c’est de ne pas considérer la transition comme un problème de société majeur qui menace véritablement la cohésion sociale. »

La suite ici : En niant l’avis de la société civile, l’État alimente son insidieuse violence institutionnelle

1.04.19

Istacec

Laissez un commentaire

You must be connecté pour laisser un commentaire.