« Il existe un voyeurisme autour du nazisme et de la collaboration »


voyeurisme

Réédition des auteurs antisémites Céline ou Rebatet, commémoration de Maurras… L’historien André Loez estime que les œuvres d’extrême droite des années 40 bénéficient aujourd’hui d’une aura favorable. Ses auteurs ne sont pourtant pas des figures littéraires comme les autres, explique-t-il, et leur réédition doit être au minimum encadrée.


Commémorer Charles Maurras? C’est ce que proposait le Haut comité aux commémorations nationales, composé d’une dizaine de personnalités dont trois historiens. Parmi une centaine de dates (mort d’Edmond Rostand, première greffe cardiaque ou premier épisode des Shadocks…), le Haut Comité proposait de commémorer les 150 ans de la naissance du directeur de l’Action française, antisémite et grand pourfendeur de la République. La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a finalement décidé de retirer Maurras du livre des commémorations 2018. Mais l’affaire intervient après d’autres polémiques qui, si elles sont singulières, remettent toutes en lumière des œuvres du nazisme ou de la collaboration: réédition commentée de Mein Kampf, nouvelle publication des œuvres antisémites de Céline (Bagatelle pour un massacre, l’Ecole des cadavres et les Beaux Draps), un projet finalement abandonné par Gallimard face à la levée de boucliers.

Republier Céline, Rebatet (1), faire entrer Drieu La Rochelle dans la Pléiade (2012), commémorer officiellement Maurras… Y a-t-il aujourd’hui un effet de mode autour des écrivains d’extrême droite?

Une mode je ne pense pas, mais un contexte favorable certainement, pour au moins deux raisons. On voit bien la résurgence d’une pensée réactionnaire et traditionaliste dont ces textes sont des sources et qui s’est désinhibée ces dernières années face aux questions de l’immigration, de l’islam ou du mariage pour tous. Par ailleurs, beaucoup d’historiens croient sincèrement que notre rapport à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale est désormais apaisé. Ils estiment que publier les textes antisémites de Céline ou commémorer Maurras aujourd’hui ne pose pas de problème: Vichy et le nazisme ont été énormément travaillés par les chercheurs, c’est vrai, et depuis le discours de Jacques Chirac en 1995, l’État a reconnu sa responsabilité dans la Shoah. Pour eux, le travail de mémoire a été fait, on pourrait désormais passer à l’histoire. Je pense que c’est une illusion.


La suite ici : « Il existe un voyeurisme autour du nazisme et de la collaboration »

5.02.18

Istacec

Laissez un commentaire

You must be connecté pour laisser un commentaire.