«Face au coronavirus: le retour de l’Etat social»




Paradoxe dont la politique belge a le secret : c’est avec les lambeaux de la coalition la plus antisociale depuis 1945 qu’a été taillé un gouvernement qui réactive aujourd’hui tous les ressorts… de l’État social, affirme Edouard Delruelle. Une politique dictée par l’urgence, mais qui en dit long sur le choix de société  à faire dans les mois à venir. Rappel des épisodes précédents.


Le gouvernement Michel a mis en œuvre durant 5 ans une politique de démantèlement systématique de l’État social, et de ce qui en constitue le pilier central : la Sécurité sociale. Il a définancé celle-ci en réduisant massivement les cotisations sociales, et il l’a dénaturée en méprisant la concertation sociale. Il s’est lancé dans une cynique chasse aux chômeurs (qui a surtout frappé la Wallonie), et dans une réforme des pensions autoritaire et bâclée. Mais ce sont les soins de santé qui ont été sa cible prioritaire : des centaines de millions d’euros d’économies directes sur les patients ; une explosion des suppléments d’honoraires, en raison du sous-financement des structures hospitalières ; un cadeau de 800 millions d’euros à l’industrie pharmaceutique ; une offensive incompréhensible contre les maisons médicales, etc.

Pour bien comprendre la politique du gouvernement Michel, il faut l’inscrire dans le « temps long » des politiques néolibérales, qui débute dans les années 1980. Lors d’une première phase, dans les décennies 1990-2000, le néolibéralisme s’attaque essentiellement aux deux piliers « périphériques » de l’État social : les services publics, qui furent massivement privatisés, et le droit du travail, qui fut dérégulé, mais tout cela en préservant, par souci de légitimité, son pilier central : la Sécu.

La seconde phase s’ouvre avec la crise de la dette de 2008, que le néolibéralisme a lui-même provoquée. Au lieu de décélérer, il se lance dans une fuite en avant destructrice. Pour faire payer la note aux populations, il doit désormais s’attaquer au cœur de l’État social : la Sécu, enfin ! Une fuite en avant néolibérale qui ne peut se poursuivre qu’avec le relais de dispositifs sécuritaires et identitaires qui mettent à mal la démocratie et l’État de droit. C’est tout le sens de l’attelage qui a uni libéraux et nationalistes entre 2014 et 2019 : se débarrasser du fardeau de la solidarité et ériger une forteresse contre les « autres ». Deux faces d’une même médaille.

La suite ici :«Face au coronavirus: le retour de l’Etat social»

28.03.20

Istacec

Laissez un commentaire

You must be connecté pour laisser un commentaire.