Facebook et la recherche: le « quasi État »


quasi Etat

Si Facebook choisit d’investir dans une telle politique, ce choix a plus de poids que celui de bon nombre d’États, mais il a « l’avantage » d’être soustrait à toute décision politique publique. Facebook se dote donc comme n’importe quel état d’une politique sociale pourrait-on dire, sans pour autant avoir de compte à rendre comme n’importe quel gouvernement : la politique sans les inconvénients de la politique en quelque sorte.


Facebook soutient depuis six mois une recherche de Raj Chetty, économiste à Stanford, en lui fournissant les données de tous les comptes de ses utilisateurs aux États-Unis pour un projet qui vise à comprendre le lien entre les inégalités et les interactions sociales. Quoi de plus normal ? De plus intelligent ? Et de plus noble comme objectif politique ? Car Mark Zuckerberg a mis en avant son engagement personnel pour réduire les inégalités et Raj Chetty est un de ces économistes et data scientists qui a fait ses preuves en mobilisant des données massives du fisc américain pour montrer notamment comment les chances de gagner plus que ses parents diminuaient constamment.

Ce projet a même donné lieu à une campagne nationale Equality of Opportunity project, qui a inspiré des politiques sociales de plusieurs villes américaines. Cette étude était conduite avec une visée classique des sciences sociales, visant à Prouver et gouverner comme l’expliquait Alain Desrosières : c’est-à-dire à la fois connaitre « la société » grâce aux registres de l’État (le fisc) pour prouver la baisse des chances pour les nouvelles générations et gouverner en choisissant des politiques qui contrecarrent ces effets indésirables dans la lignée d’un État-providence mieux informé et plus ciblé.

Les données sont fournies par Facebook et sont d’une ampleur jamais égalée, car Chetty pourra traiter les 230 millions de comptes ouverts aux États-Unis en janvier 2018 sur un total de 326 millions d’habitants dont 18 % de moins de 14 ans (soit 58 millions), ce qui fait une couverture de près de 80 % de la population de plus de 14 ans.

Voilà donc Facebook en position de faire le recensement de la population américaine comme l’État, voire même mieux que l’État puisqu’il peut le faire toutes les minutes s’il le souhaite et surtout parce qu’il collecte une quantité de traces d’activité sans commune mesure avec n’importe quel recensement, même lorsqu’on additionne les variables traitées dans les quatre univers classiques : personnes, familles, ménages, logements.


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13.03.18

Istacec

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