Fascisme: la liberté est un mot vide mais la sécurité règne



Les JT ne sont plus qu’une commémoration. On nous rebat les oreilles à longueur d’année avec tel ou tel « devoir de mémoire » sur des drames bien précis qui n’ont aucune chance statistiquement de se reproduire. Pendant ce temps, la tentation totalitaire qui nous guette et qui ne nous a jamais lâchés, celle-là revient au grand jour et au coeur de l’Europe sans que grand monde s’en émeuve.

Mon père, qui a 84 ans, est riche d’anecdotes sur sa jeunesse, au coeur d’une île qui constitue un fragment de l’un des principaux pays européens. Dans cette île, quand mon père était gosse, il était interdit de circuler à plus de trois dans la rue passé le couvre-feu. Les moustachus étaient invités à se raser – s’il n’aimaient pas l’huile de ricin. Liberté était un mot vide, mais la sécurité régnait. Les voleurs recevaient un châtiment exemplaire. Le crime organisé lui-même, fléau endémique et tout-puissant de la région, avait dû se rabattre dans les caves par crainte des miliciens et des généraux de Rome.

Car le régime qui régnait alors sur cette île et ce grand pays d’Europe, c’est bien évidemment le fascisme. Le vrai, l’original, celui dont les Allemands, les Français, les Grecs, les Espagnols ou les Portugais connaîtront par la suite une copie.

Je n’aime pas employer ce mot. Je déplore qu’on en abuse pour stigmatiser le premier populiste ou nationaliste venu. Mais je trouve qu’on le sous-emploie lorsqu’il serait parfaitement justifié. Le fascisme, ce n’est pas comme on le croit le rejet des étrangers ou la disparition de la démocratie. En tout cas, ces éléments qui l’accompagnent souvent ne sont pas fondamentaux dans sa définition. Le fascisme, c’est tout simplement la peur qui s’empare d’un peuple au point de lui faire accepter l’idée que ses libertés pèsent bien peu face à la sécurité.

La peur qui écrasait nos aînés était sans doute exagérée, mais elle n’avait rien d’un fantasme. Pas plus que l’Armée rouge n’était un tigre de papier. Comment oserions-nous les juger, alors qu’entourés des plus puissantes armées de la planète, nous avons laissé quatre individus armés de cutters dicter depuis 14 ans la manière dont nous voyageons; alors que nous abdiquons chaque jour des libertés fondamentales, et avec soulagement qui plus est, par crainte de quelques milliers de fanatiques ? Comment peut-on à la fois être si pleutres et si donneurs de leçons, envers l’histoire, envers nos aînés, envers d’autres peuples ?

 

Ettore Rizza

Istacec

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