Gabriella Coleman: « Les hackers se débattent entre l’individu et le collectif »



De WikiLeaks aux Anonymous, l’anthropologue américaine dépeint l’évolution des cybermilitants qui, venus d’horizons idéologiques très divers, mettent leur compétence technique au service de « la bataille pour les libertés civiles ».

« La prégnance de la culture entrepreneuriale de la Silicon Valley a fait que, depuis le début des années 80, la sensibilité hacker aux Etats-Unis a été mise à contribution dans un modèle où le ‘bien social’ est atteint à travers le capitalisme, et dans une culture de la start-up. En Europe, cette culture est beaucoup plus limitée, cela a permis un engagement dans d’autres types de pratiques. Le principal groupe de hackers en Europe, le Chaos Computer Club (CCC), est très structuré, il existe depuis longtemps, et ses conférences ont contribué à politiser la scène hacker européenne. Mais au-delà des différences, il y a une fraternité partagée, ainsi qu’une éthique du savoir-faire : les hackers sont attachés à l’excellence, ils en tirent une grande fierté. Et même si le discours peut être très individualiste, les pratiques, elles, sont souvent très collectives. Enfin, la question des libertés est centrale. Même des hackers travaillant pour le gouvernement peuvent être furieux quand ce dernier piétine les libertés civiles.

S’ils n’étaient pas là, il n’y aurait pas cette bataille autour des libertés civiles sur Internet. Ils ne sont pas les seuls acteurs, mais ils en sont la force technologique, parce qu’ils ont la capacité d’agir. Ils construisent des outils, ils lancent l’alerte… Et beaucoup d’entre eux travaillent aussi à des changements politiques, législatifs : on en retrouve dans les ONG, chez Privacy International en Grande-Bretagne, dans l’American Civil Liberties Union aux Etats-Unis… Ils veulent travailler avec les gouvernements, même s’ils les combattent ; ils ne travaillent pas que sur du code. Ce qui fait d’eux un contre-pouvoir face à la surveillance, c’est le fait qu’ils utilisent à la fois la désobéissance civile, les canaux légaux et les outils technologiques. »

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Istacec

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