Gare à l’effet d’optique : un «flash keynésien» n’est pas un changement de paradigme




Si tous les dirigeants sont soudainement devenus partisans de l’État, il serait illusoire de prétendre que le coronavirus enterre le néolibéralisme.  Ce « flash keynésien » ne doit pas faire illusion. Il n’est que le reflet d’une économie néolibérale à bout de souffle, mais qui n’est pas déterminée à abandonner la fuite en avant dans laquelle elle s’est lancée depuis 2008. Les structures intellectuelles, politiques et économiques demeurent bien là. Le monde du travail ajustera les conséquences de cette soudaine « envie d’État » par la suite.


Ce 11 mars 2020 a des allures de débâcle pour les idées dominantes en économies. Voici Angela Merkel, la chancelière allemande qui renonce à son « Schwarze Null », son excédent budgétaire fédéral. Voici le gouvernement français forcé de reculer sur la privatisation d’Aéroports de Paris. Voici des plans d’actions ambitieux de plusieurs dizaines de milliards d’euros des États en Italie et au Royaume-Uni.

Est-ce alors la défaite du néolibéralisme ?  L’hydre aurait été abattue par un dragon plus féroce que lui, ce fameux coronavirus ? Désormais, on semble ne plus parler de concurrence, de marchés et de compétitivité, mais d’État, de coopération et de protection.

Il faut pourtant prendre garde : l’incertitude radicale est intégrée au modèle et, dans ce cas, le recours à l’État n’est pas seulement tolérée, elle est requise. Cette action prend les formes classiques du keynésianisme, mais son but n’est que de rétablir les conditions d’un retour à la normale, celle de la marchandisation accélérée de la société. Il n’est donc pas alors si étonnant de voir le ban et l’arrière-ban néolibéral appeler l’aide de l’État alors que l’économie mondiale subit un double choc d’offre et de demande. Dans ce cadre, le rôle de l’État reste le même qu’auparavant : il est au service du capital.

Aucune des informations de ce 11 mars ne saurait venir infirmer ce fait. Angela Merkel fait un accroc à l’orthodoxie budgétaire pour pouvoir préserver la survie du Mittelstand exportateur qui est en première ligne de la crise chinoise et européenne par des aides exceptionnelles. Emmanuel Macron ne renonce pas à une privatisation qui, au reste, est déjà largement réalisé dans la gestion d’ADP, il prend acte des conditions de marché. Comme le ferait tout bon capitaliste. Quant aux plans de relance britanniques et italiens, ils répondent à une situation d’urgence. On recolle les plâtres des plans d’austérité du passé pour reconstruire à la hâte dix à quinze ans de destruction systématique des systèmes de santé…

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26.03.20

Istacec

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