J’aurais aimé que chaque Belge soit là avec moi pour mesurer toute la lâcheté d’une Europe qui s’est trahie




Je me suis rendu à Qamichli, dans le nord de la Syrie, pour rendre hommage à ces combattants courageux contre l’État islamique. J’étais venu leur dire qu’ils étaient des héros mais je suis resté silencieux. J’avais honte. J’aurais aimé que chaque Belge soit là avec moi pour mesurer toute la lâcheté d’une Europe qui s’est trahie


Il y avait là devant moi une jeune et jolie femme qui avait perdu un bras. Elle me regardait fixement, sans joie, tenant sa prothèse de l’autre bras. Des hommes qui avaient eu une jambe, ou les deux, arrachées lors d’une bataille sanglante contre l’État islamique étaient là aussi. Un soldat en uniforme à l’allure frêle et dont les yeux avaient été emportés par un éclat de grenade lors de l’offensive turque prenait place en tâtonnant, la main sur l’épaule d’un camarade qui le guidait.

Le bruit s’était répandu qu’un député et des journalistes belges étaient en visite. Alors ils étaient arrivés en claudiquant, en poussant leur chaise roulante, en s’aidant d’une canne. Ils continuaient d’affluer, se poussant doucement, sans bruit, pour trouver une place dans cette pièce sans âme. Ils étaient kurdes, arabes, araméens. Ils étaient dans la fleur de l’âge. Ils avaient connu l’enfer. Ils n’en étaient pas vraiment sortis.

La terreur islamiste rôdait encore dans les villes et les villages et pouvait encore frapper. Les Turcs et leurs affidés islamistes poursuivaient leur occupation sanglante. On rapportait encore tous les jours des horreurs : décapitation, enlèvement de jeunes femmes, blessés. Il faisait nuit. J’avais froid. Nous étions le 22 février 2020 à Qamichli dans le nord de la Syrie, au Rojava, cette région semi-autonome à majorité kurde. La neige qui était tombée en abondance les derniers jours avait laissé place à une boue collante qui envahissait tout. On nous avait servi du thé chaud et des caramels. J’étais venu rendre hommage à ces combattants courageux contre l’État islamique. J’étais venu leur dire qu’ils étaient nos héros contre les terroristes. J’étais venu leur dire le merci et l’admiration de mon pays, la Belgique, d’où étaient partis certains de leurs bourreaux.

Mais un malaise m’envahissait. J’avais honte. Cette honte me donnait la nausée.

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7.03.20

Istacec

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