« La complémentarité homme-machine est une fable »


complémentarité

 

 

 

« Anatomie d’un antihumanisme radical ». Le sous-titre du dernier essai d’Éric Sadin est pour le moins explicite. Dans ce nouveau livre, le philosophe s’attaque à l’intelligence artificielle, qu’il considère comme « l’enjeu du siècle ». D’après lui, l’IA telle qu’elle se développe aujourd’hui vient parachever l’ambition des grands acteurs du capitalisme numérique de s’infiltrer dans chaque interstice de notre vie privée pour y trouver de nouvelles sources de profit.

 


Si l’intelligence artificielle représente le nouveau Graal économique de notre temps, c’est qu’en effet, elle fait entrer le libéralisme dans une sorte de stade ultime de son histoire. Et cela pour deux raisons. La première, c’est que l’IA permet de continuellement susciter des opérations marchandes. Car ce qui la caractérise, c’est sa puissance à analyser et à interpréter des masses de données et à formuler en retour des recommandations. Par exemple, la fonction d’un miroir connecté ne vise pas seulement à réfléchir une présence, mais à collecter des données relatives au visage et au corps afin de suggérer des produits ou services supposés appropriés en fonction de l’analyse évolutive des états physiologiques, voire psychologiques. Ce type d’exemple pourrait être décliné sur de longues pages.

La seconde raison, c’est que l’IA offre, pour le monde de l’entreprise, l’occasion d’optimiser comme jamais les modes de production, pas seulement en automatisant un nombre sans cesse croissant de tâches et en supprimant des emplois à haute compétence cognitive, mais également en instaurant de nouveaux modes de management au moyen de capteurs et de systèmes d’interprétation en temps réel des « mesures de performance » du personnel destinés à définir à chaque instant les bonnes actions à entreprendre. Par cette double prérogative, l’IA s’offre une formidable machinerie à générer continuellement des profits et à instaurer des modes d’organisation hautement rationalisés.

De plus en plus de chercheurs prestigieux préfèrent aujourd’hui travailler pour les laboratoires créés par ces grandes entreprises plutôt que pour la recherche publique. Selon vous, à quel moment le monde de la recherche a-t-il « basculé » du côté de l’industrie, du marché ?

Ce mouvement massif d’affiliation des ingénieurs et des programmeurs à l’industrie du numérique remonte au tout début des années 2000, lorsque les grands groupes ont commencé à disposer d’énormes moyens financiers et se devaient de mobiliser des compétences scientifiques et techniques pour se développer. À cette fin, les Google, Amazon, Apple, Uber, Facebook, etc. surent habilement jouer d’un puissant pouvoir de séduction, offrant des émoluments importants tout en affirmant qu’ils faisaient advenir de nouveaux modes de management cool et « horizontaux » – toute cette rhétorique oiseuse et si souvent rebattue dont il me semble que nous sommes aujourd’hui heureusement revenus.

La suite ici  : https://usbeketrica.com/article/la-complementarite-homme-machine-est-une-fable

11.11.18

Istacec

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