La Cour constitutionnelle allemande s’érige en juge de la BCE




Les juges allemands ont rendu un arrêt d’une brutalité inouïe qui remet en cause tant le droit de la Banque centrale européenne (BCE) de racheter de la dette publique des Etats que le principe de primauté du droit européen sur le droit national. Autant dire qu’ils ont pris le risque « d’éparpiller par petits bouts façon puzzle » l’euro et l’Union européenne, au moment même où elle est fragilisée par une récession sans précédent en temps de paix.


La Cour de Karlsruhe, notamment saisie par des membres de l’Alterniv für Deustschland (AfD, extrême-droite) et des économistes de droite, s’est prononcée, mardi 5 mai, sur le programme PSPP, l’assouplissement quantitatif européen (ou « quantitative easing » en anglais, QE) lancé en mars 2015 par l’institution d’émission de Francfort face aux risques déflationnistes qui menaçaient alors la zone euro. `

Lors de sa suspension, en décembre 2018, la BCE détenait dans ses coffres 2600 milliards d’euros d’obligations. Ce programme a été réactivé en novembre dernier, l’inflation restant toujours à un niveau très inférieur à son objectif de politique monétaire de 2 %. Depuis le début de la crise du coronavirus, un nouveau programme de rachats de dettes d’État (PEPP, programme d’urgence contre la pandémie) a été lancé à hauteur de 750 milliards d’euros afin de soutenir les pays les plus touchés.

Il faut bien voir que toutes les interventions de la BCE depuis 2010, date du début de la crise de la zone euro, ont été vertement critiquées par les monétaristes allemands qui dominent la scène économique et politique outre Rhin depuis 1949. A chaque fois que l’institution d’émission s’est éloignée de l’héritage de la Bundesbank, l’opposition a été violente : en dix ans, deux membres allemands du directoire de la BCE et un président de la Buba ont démissionné et le patron de la banque centrale allemande a voté contre toutes les interventions de la BCE sur le marché de la dette publique…

Pourquoi ? Parce que pour les monétaristes allemands, cela revient à financer, même indirectement, les Etats et donc à interférer dans la politique budgétaire : si un gouvernement est certain qu’il obtiendra de bas taux d’intérêt grâce à l’action de la BCE, il ne mènera pas une politique budgétaire saine puisqu’il sera certain de toujours pouvoir se financer. Et, comble de l’horreur, cela alimentera l’inflation, alors que l’objectif de la Banque centrale est de maintenir la stabilité des prix.

La suite ici :http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2020/05/11/la-cour-constitutionnelle-allemande-serige-en-juge-de-la-bce/

13.05.20

Istacec

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