La crise financière fête ses dix ans: l’immobilisme aussi


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Les fissures apparues dans le bloc de la pensée unique ont rapidement été colmatées, laissant le chant des « réformes structurelles » reprendre de plus belle : flexibilisation du marché du travail, privatisation des services publics, consolidation des rentes de situation, baisse d’impôts pour les entreprises et les hauts revenus etc. Face à l’indignation suscitée par le sauvetage des banques, les gouvernements européens ont fait le choix du cynisme : en retournant la colère citoyenne contre les migrants, les plus vulnérables d’entre tous. En soufflant sur les braises du populisme, ils ont relancé un feu qui pourrait rapidement devenir incontrôlable et replonger l’Europe dans ses heures les plus sombres.


Qui de la vertu ou du cynisme a triomphé, dix ans après la crise financière ? Le second, assurément. Pourtant, rien ne laissait présager une telle issue. En effet, au lendemain de la crise, alors que gisaient encore sur la place financière les dépouilles de Lehman Brothers, Fortis, Dexia & Cie, l’heure était résolument à l’introspection. Le capitalisme financier avait failli, et tout devait être mis en oeuvre pour le refonder, en le « moralisant ». Et tant pis si cela impliquait un virage idéologique à 180 degrés : la survie politique de nos décideurs en dépendait.

Dans cet exercice périlleux de retournage de veste, le champion toutes catégories est à l’époque sans conteste le Président français Nicolas Sarlozy. Au gré de ses discours, le tribun fustige « le triomphe de l’économie de rente, la spéculation », et assène des sentences péremptoires que ne renierait pas aujourd’hui un Français insoumis : « l’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laissez-faire, c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini ».

De quoi cette montagne de discours incantatoires a-t-elle accouché? D’un énorme mammouth, mais en peluche.

Des dizaines de textes législatifs ont été adoptés au niveau européen pour mieux réguler les banques, lutter contre les paradis fiscaux, régler le problème de conflit d’intérêts des agences de notation, encadrer le marché des produits financiers à risque (dits « produits dérivés »), limiter le trading à haute fréquence (i.e. transactions boursières automatisées), ou encore s’attaquer à la spéculation alimentaire.

Mais dans la grande majorité des cas, les mesures entérinées ont été affaiblies à coup d’exemptions, de pondérations ou d’échappatoires directement intégrés dans les législations européennes. Et lorsque cela n’était pas suffisant, leur portée a été réduite via l’adoption ultérieure de normes techniques d’exécution.

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19.09.18

Istacec

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