Le capitalisme tient dans un nugget


nugget

 

L’économiste américain Raj Patel lit dans le poulet les abus et les limites du système capitaliste, dont il retrace l’histoire depuis Christophe Colomb..  « Le nugget est devenu très habituel dans nos vies quotidiennes. Mais quand vous y regardez de près, c’est une chose très bizarre»

 

 


Le petit morceau de poulet gras et pané devient un argument pour critiquer la notion d’anthropocène, cette ère géologique marquée par l’influence décisive de l’humanité sur les phénomènes naturels. Plus que le rôle de l’homme, c’est celui de l’économie qui explique notre crise écologique : «Certains se disent que l’anthropocène a pour origine le plastique produit par les humains, ou la radioactivité qu’entraînent nos essais nucléaires. Mais ils ne pensent pas au poulet, et aux milliards de carcasses que nous allons laisser à cause de notre relation au monde, forgée par le capitalisme. Wall Street est une façon d’organiser la nature», explique Raj Patel, qui propose de parler de «capitalocène» pour insister sur la responsabilité écologique et sociale du système capitaliste, «qui fait tout pour ne pas payer ses factures».

Pour le chercheur, le capitalisme est une façon d’organiser le rapport des hommes avec le reste du vivant. Elle prend la forme d’une recherche permanente du cheap – le «pas cher» – et agit dans sept domaines que l’on retrouve tout au long de la fabrication d’un nugget. La création d’espèces de poulets à forte poitrine mais incapables de voler crée une «nature cheap», élevée dans des hangars chauffés au propane, source «d’énergie cheap». Nourries au soja subventionné, vendues dans un système commercial où les aides de l’Etat sont fréquentes, les bêtes bénéficient d’un système de dépense publique qui vient au secours du secteur privé : c’est «l’argent cheap». Les ouvriers du secteur ont moins de chance : faiblement payés, ils forment une force de «travail cheap» avec faible couverture sociale, symptôme d’un «care cheap». Avec un peu de chance, il s’agira de femmes, de pauvres, de gens de couleur, qui sont autant de «vies cheap», le tout pour fournir à tout le monde de la nourriture à pas cher : «l’alimentation cheap». «Ces sept formes de cheap résument la façon dont le capitalisme remet ses crises à plus tard», résume Raj Patel, qui rappelle que lorsque ces ressources cheap se raréfient, on va en chercher d’autres.

La suite ici :https://www.liberation.fr/debats/2018/09/20/le-capitalisme-tient-dans-un-nugget_1680118

23.09.18

Istacec

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