Le contentieux économique entre le Congo et la Belgique n’a pas disparu




Même s’ils ne le disent pas ouvertement, les négociateurs belges ont un objectif précis : les « clés politiques » du Congo vont être cédées le 30 juin, mais les « clés économiques » doivent rester à Bruxelles. Ou, plus clairement encore, les sociétés présentes au Congo et qui sont de droit congolais (payant des impôts à Léopoldville et non en Belgique) se préparent à opérer, avant l’indépendance, un choix joué d’avance : elles auront le droit de choisir entre le droit belge et le droit congolais.


Ce dimanche de novembre 1988, le maréchal Mobutu joue le grand jeu. Il a invité le Premier Ministre belge Wilfried Martens à Gbadolite, son palais de marbre construit dans la province de l’Equateur et, avant toutes choses, il convoque la presse belge. Les journalistes qui ont passé la nuit et la journée dans l’avion sont hâves, épuisés. Certainement ni prêts ni qualifiés pour affronter le grand déballage qui se prépare. En guise d’apéritif, le président, toque de léopard bien enfoncée, martèle le sol avec sa canne de chef et les apostrophe. Il se plaint d’avoir été insulté, traité de bâtard par certains journaux, il rappelle qu’à l’époque coloniale il a reçu des coups de chicotte (ce redoutable fouet tressé avec de la peau d’hippopotame)

Et puis , tout doucement, il se rapproche du but. Il rappelle que la Belgique n’a jamais payé les pensions des anciens combattants congolais de la Force publique, il juge trop « cérébral » le plan de règlement de la dette qui sera proposé par Wilfried Martens, et soudain il conclut, d’une voix de basse menaçante : « j’attendais des amis, j’ai trouvé des comptables ». La crise est ouverte, la plaie ne guérira plus.

C’est en s’attaquant à la Belgique que le président veut enfoncer un coin dans le « front des créanciers », ces pays occidentaux qui désormais le harcèlent, le somment de payer la dette extérieure du Congo devenu Zaïre. Et lorsque Kinshasa avance que le pays est devenu exportateur net de capitaux, qu’il transfère chaque année 830 millions de dollars vers l’Occident, que, de 1983 à 1987 deux milliards de dollars sont sortis vers le Nord, contre 1,1 milliards d’investissements ou d’aides, Bruxelles fait la sourde oreille. Les journalistes eux rappellent la gabegie du régime, la corruption, la désastreuse « zaïrianisation » du début des années 70, où les biens des étrangers ont été nationalisés et…distribués à des amis voire à la famille du président. C’est l’histoire d’un désastre économique qui mènera dix ans plus tard à la chute du régime, lorsqu’en 1997 le Zaïre redeviendra le Congo.

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1.07.20

Istacec

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