« Le populisme repose sur le fait de décérébrer des populations »


populisme

 

Le journaliste Dominique Vidal a coordonné l’ouvrage « Le retour des populismes » (La Découverte) avec le géopolitologue Bertrand Badie. Trente experts contribuent à ce livre éclairant, au moment où le Brésil semble, à son tour, céder aux sirènes populistes.

 

 


Disons que le phénomène apparaît à la fin du XIXsiècle, notamment avec les Narodniki en Russie ou le boulangisme en France. Il réapparaît dans l’entre-deux guerres autour du nazisme et du fascisme en particulier. Et puis on le retrouve sous une forme assez différente après la seconde guerre mondiale essentiellement dans le Sud, avec les grands mouvements d’indépendance de ce que l’on appelait alors le tiers-monde.

C’est vrai, à chaque fois le populisme apparaît sous des formes différentes, mais ce n’est pas seulement dans ses formes que réside la différence, c’est aussi dans les contextes très divers auxquels il s’applique. La terminaison «-isme » de populisme est trompeuse : si on pense au socialisme, au fascisme, etc., il s’agit de doctrines cohérentes, ce qui n’est pas le cas avec le populisme. Il n’y a pas vraiment une doctrine populiste : il y plutôt des pratiques, des discours politiques qui s’adaptent à des situations très différentes les unes des autres même si, bien sûr, il y a des points communs…

On voit dans votre livre que le populisme est plus une réaction à une crise qu’une idéologie. Quels sont les points communs qui font que l’on peut dire que tel régime est populiste et tel autre ne l’est pas?

D. V. : Il y a beaucoup de points communs à des degrés divers. Pour moi, le point commun le plus évident, c’est le nationalisme. C’est une forme exacerbée de nationalisme, que l’on voit très bien en Europe en ce moment. Deuxième point commun : le culte du chef. Un certain nombre de populismes portent d’ailleurs le nom de leurs chefs, tels que le lepénisme ou le péronisme. La personnalité du chef – son charisme – est un élément très important. Troisième point commun : c’est le refus de la démocratie dans sa forme traditionnelle, c’est-à-dire la forme d’une démocratie représentative.

Dans votre livre, il est question d’un « populisme liquide » qui caractériserait celui qui touche les démocraties occidentales. Qu’a-t-il de spécial ?

D. V. : Cette notion est propre à Raphaël Liogier, c’est lui qui développe cette idée. Ce que je comprends de sa pensée, c’est qu’on est face à un phénomène extrêmement variable, en mouvement, qui effectivement ne permet pas de parler d’une théorie ni même d’un ensemble cohérent. On est dans quelque chose qui bouge tout le temps. Un des points communs qui caractérisent aussi ces mouvements est le sentiment que les États ont perdu leur souveraineté, ont perdu de leur pouvoir au profit d’organismes supra-nationaux, et cela donne lieu à des formes de repli, avec une espèce de nostalgie du bon vieux temps où les États faisaient ce qu’ils voulaient. Cela peut dériver vers des formes de nationalisme, de xénophobie, de racisme, d’antisémitisme. On sent bien toute une série de contradictions, extrêmement surprenantes selon moi, si on prend de la distance. Quand vous voyez par exemple le populisme de Netanyahou et de la direction israélienne s’allier avec des populismes qui frôlent l’antisémitisme, comme ceux de Pologne et de Hongrie, on a là des formes d’alliance contre-nature qu’on ne peut pas théoriser.

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16.10.18

Istacec

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