Le socle électoral du trumpisme et la bataille pour son héritage



Pour Maya Kandel, l’historienne et spécialiste de des Etats-Unis, le trumpisme existe et son essence est nationaliste . Le mouvement conservateur, armature intellectuelle du Parti républicain, a cherché, après trois ans de présidence Trump et à l’approche d’une nouvelle échéance électorale, à « théoriser à rebours » le trumpisme – afin de conserver les électeurs de Trump. Le présupposé de départ est que le trumpisme a un avenir indépendant de Trump, et que cet avenir est nationaliste, religieux, et antilibéral : il s’agit d’adapter la ligne du parti à l’électorat trumpiste, y compris, voire surtout, pour préparer l’après-Trump.


Trump a longtemps été plus proche des démocrates que des républicains – par ses contributions de campagne ou ses prises de position « libérales », comme sur l’avortement. Mais Trump n’est pas un idéologue ni un intellectuel, c’est d’abord un homme d’affaires, un businessman – et un showman. Ce qui a fait sa notoriété si ce n’est sa fortune, c’est le show de téléréalité « The Apprentice » [sur NBC]. Et il faut lui reconnaître sa maîtrise de la communication et sa domination du message médiatique.

Trump a aussi bénéficié d’opérations très fines de recueil des données (par le biais de l’entreprise spécialisée Cambridge Analytica notamment). Cela lui a permis de calibrer des messages précis, à destination de groupes d’électeurs constitutifs du Parti républicain – puisque c’est dans les primaires républicaines qu’il a choisi de concourir en 2015. Cela éclaire par exemple son alliance avec le mouvement antiavortement et plus largement avec les évangéliques, à qui il a promis de nommer « leurs » juges – des choix sans rapport avec ses convictions personnelles.

Ce sont d’autres qui ont théorisé pour lui. Steve Bannon tout particulièrement, recruté à l’été 2016, qui a insufflé les thématiques de l’alt-right dans la campagne trumpienne, a soufflé à Trump ses points communs avec Andrew Jackson [7e président des Etats-Unis, connu pour son populisme en politique intérieure et sa politique de « nettoyage ethnique » des Amérindiens] dont il a accroché le portrait dans le bureau Ovale ; Steve Miller, son conseiller sur l’immigration ; Yoram Hazony et le think tank californien Claremont Institute, d’où provient cette phrase, sous la plume de Christopher DeMuth : « Le trumpisme a une essence et cette essence est le nationalisme ». Le trumpisme désigne ces idées fortesderrière la coalition électorale qui a donné la victoire à Trump, et la théorisation intellectuelle a posteriori que l’on peut en faire : un mélange de messages « antisystème » et antiélites, de nationalisme, de conservatisme religieux, et d’illibéralisme.

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29.10.20

Istacec

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