Le train de l’histoire nous a rattrapés




Nous avons juste le sentiment d’avoir été percutés par l’histoire et face à cet assaut imprévu, nous vacillons dans nos certitudes. Les morts chaque jour recensés nous endeuillent un peu plus; les chiffres du chômage semaine après semaine un peu plus éloquents nous affolent. Comme une dépression qui nous aspirerait vers le bas sans qu’il nous soit possible de nous raccrocher à un quelconque espoir si ce n’est celui d’un hypothétique et lointain vaccin.


Pour les gens de ma génération, ceux nés dans les années 1960 ou même après, la vie jusqu’à l’apparition de cette pandémie a ressemblé à un long faux plat disputé sous des auspices plus ou moins avenants. Je ne dis pas que ce fut nécessairement une période heureuse –le sida, le chômage de masse, la précarité, le terrorisme furent autant d’épreuves à surmonter– mais comparée aux époques précédentes, toutes pleines de bruit et de fureur, de guerres et de morts par millions, de déplacements de population et de génocides, la nôtre, à bien des égards, se déroula dans un relatif confort.

Collectivement, hormis les épisodes sanglants des dernières attaques terroristes, nous n’avons rien connu qui puisse nous mettre à genoux. Nos existences ne furent pas forcément prospères –nous avons tous connu des accidents de vie– mais dans l’ensemble, vivant dans un monde relativement stable bâti sur les cendres des deux guerres mondiales, nous avons eu cette chance incroyable de vivre en paix, à l’ombre des grandes tragédies qui endeuillèrent les siècles passés.

Et voilà que le virus nous a pris par surprise et que d’un coup, l’histoire s’est réveillée.

Nul ne sait encore ce qui sortira de cette pandémie mais confusément nous sentions bien que nous avons changé d’ère, que ce qu’hier encore nous tenions pour acquis ne l’est plus forcément. Nous nous sentons traversés par le souffle de l’histoire, et ballottés comme jamais, nous n’arrivons plus à imaginer un avenir qui assurerait pour nous tous paix, calme et sécurité. Quelque chose a déraillé et le monde entier, de Paris à New York, de Bagdad à Bombay, s’est mis à bégayer.

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30.04.20

Istacec

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