Leçons américaines pour les populistes européens



Le résultat de l’élection présidentielle américaine aura-t-il des conséquences pour les populistes européens qui s’étaient réjouis de la victoire de Trump en 2016 et le soutenaient encore ces derniers jours, par exemple Matteo Salvini en Italie, Marine Le Pen en France ou encore Viktor Orbán en Hongrie ? À cette question, deux réponses opposées peuvent être avancées.


La première, très en vogue actuellement, explique que l’échec de Trump marquerait un coup d’arrêt à la dynamique des populistes tant ceux-ci l’appréciaient et pour certains l’avaient érigé en référence suprême, voire en héraut de leurs politiques. D’autant que les populistes européens, du moins ceux qui sont à l’opposition, traversent une zone de turbulences. Depuis le début de la crise du Covid-19, leur démagogie et leur inconstance n’ont pas payé. Leurs critiques incessantes des experts convainquent peu puisque l’opinion, pour combattre le virus, tend plutôt à écouter les savants. Leur euroscepticisme a fait long feu car l’Union européenne a mis sur la table des sommes considérables pour relancer l’économie de chaque pays membre. Bref, à en croire ces analystes, leur ascension serait une bonne fois pour toutes enrayée, comme en attesteraient en Italie le recul de la Ligue dans les intentions de vote (elle rassemble néanmoins près d’un électeur sur quatre) et la chute de la popularité de Matteo Salvini ce qui amène des grandes figures de son partie à critiquer sa stratégie.

…L’autre réponse se fonde sur la courte défaite de Donald Trump. Après quatre ans de pouvoir, il perd de peu tout en demeurant fort populaire. Cela fait voler en éclat une conviction bien enracinée selon laquelle, en Europe, les populistes peuvent accéder au pouvoir mais qu’ils se heurtent inexorablement aux dures réalités de l’exercice du pouvoir, ce qui provoque des divisions entre eux et la déception de leurs électeurs.

Ce fut le cas, par exemple, en Autriche lorsque le FPO, le parti libéral, fut associé au pouvoir de 1999 à 2002 et en Finlande, avec le parti des Finlandais entre 2015 et 2017. C’est aussi ce à quoi on assiste depuis 2018 avec le Mouvement 5 étoiles en Italie. Or ce constat est désormais battu en brèche. En Pologne et en Hongrie, les populistes se maintiennent au pouvoir. Et voilà que dans la démocratie du monde la plus réputée, Donald Trump, en dépit de la crise économique engendrée par le Covid-19 et de la mortalité élevée due à sa gestion catastrophique de la pandémie, dispose toujours d’une base électorale large, fidèle, enthousiaste. Loin d’être un accident de l’histoire, il représente un phénomène politique puissant et ancré dans le pays. Le trumpisme correspond à des attentes profondes de presque un Américain sur deux qui, pour de multiples raisons, croient en lui. Et comme l’écrivait Marcel Proust, « les faits ne pénètrent pas dans le monde de nos croyances« .

La suite ici : Leçons américaines pour les populistes européens

12.11.20

Istacec

Laissez un commentaire

You must be connecté pour laisser un commentaire.