L’étranger, ciment de l’unité italienne ?


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Le M5s n’est pas le premier à avoir voulu tirer parti du refus du statu quo et de la colère envers les élites. En promettant en 2013 la « mise à la casse » (rottamazione) de la vieille politique, Matteo Renzi s’en est servi lui-même. Il a ainsi sans doute contribué légitimer le rejet du système aux yeux des italiens, avant que l’argument ne finisse par se retourner contre lui.

 


C’est un événement dont on a peu parlé en France : le 31 juillet, l’Asso 28, un bateau civil battant pavillon italien a rapatrié des migrants en Libye, après avoir assuré leur sauvetage en mer. C’est la première fois que l’Italie renvoie de l’autre côté de la Méditerranée ceux qui la traversent au péril de leur vie : elle a certes œuvré à empêcher les départs, mais elle a toujours mis un point d’honneur à accueillir les rescapés dans ses ports. Était-ce à la demande de la Guardia Costiera italienne ?

La question reste en suspens, mais au fond, la réponse importe peu. Pour Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur et véritable homme fort du nouveau pouvoir, c’est une victoire de plus. Elle le conforte dans sa stratégie qui vise à faire de la question migratoire le seul enjeu politique et du rejet de l’étranger le nouveau ciment de l’unité italienne. Et force est de constater qu’elle porte ses fruits : selon un sondage Ipsos publié le 29 juillet dernier, le gouvernement populiste de Giuseppe Conte, issu d’une coalition inédite entre le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue au pouvoir depuis les élections de mars 2018, recueille 61 % d’opinions favorables.

Vue de France et d’ailleurs, nous avons tendance à penser que les coups d’éclat dont Salvini a le secret finiront par se retourner contre lui. Nous peinons à mesurer combien cette stratégie consolide au contraire son assise électorale : 94 % des sympathisants du M5S et 92 % de ceux de la Ligue jugent positivement leur gouvernement. A l’inverse, les sympathisants du Parti Démocrate ont 79 % de mauvaises opinions à son sujet. Matteo Salvini n’a donc pas choisi de mettre l’accent sur la fermeture des ports ou sur le rapatriement des migrants par hasard : il sait parfaitement que c’est l’un des sujets les plus polarisants dans l’opinion italienne. Il oblige chacun à choisir son camp, et soude donc le sien. 46 % des sympathisants de la Ligue se disent tout à fait d’accord avec le fait de « renvoyer les bateaux de l’autre côté de la Méditerranée même si cela cause des pertes humaines », contre 6 % des électeurs du Parti Démocrate. La question est de savoir pourquoi cette stratégie, qui est l’une des marques de fabrique du populisme autoritaire, semble particulièrement réussir son implantation en Italie.

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6.08.18

Istacec

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