L’Europe entre inertie allemande et velléités gaulliennes




La rivalité sourde persiste entre le géant économique allemand sans vision autre que sa prospérité, et le chevau-léger français géostratégique aux arrière-pensées souverainistes, mais sans moyens commensurables avec ses ambitions. Seule une intégration politique plus poussée aura raison de ces postures d’un autre âge.


Pour ceux qui voient dans une Europe à deux vitesses et dans la constitution d’un noyau dur à 6, 9 ou 15 États-membres, un chemin de sortie de crise pour l’UE-27, aujourd’hui bloquée, qu’ils songent simplement à ceci : c’est au cœur du noyau, entre la France et l’Allemagne, que se situe l’obstacle décisif aux avancées de l’intégration.

Commentant la sortie de route de la CDU en Thuringe où elle s’est alliée de fait à l’AFD, son rival d’extrême droite, Guntram Wolff, patron du think-tank Bruegel, interviewé par Maria Udrescu dans La Libre (LLB du 11/02), fait le diagnostic d’un blocage total du progrès européen. Il ajoute : « Je crains que cette conférence sur le futur de l’Europe ne rapporte pas grand-chose. Elle rapportera encore moins au vu de la situation actuelle. » L’Europe aurait-elle donc atteint un plafond de verre dans son ascension vers l’unité ? Et cela à un moment où elle joue son existence sur trois circonstances extérieures – le climat, l’imminence d’une nouvelle crise financière et la confrontation Chine-Amérique – pour lesquelles elle ne peut plus compter sur un concours effectif et bienveillant de Washington.

Parmi les forces centrifuges à l’œuvre, on relèvera bien sûr : le Brexit, les écarts de développement conjugués avec le refus de solidarité des États-membres plus avancés, la prévalence en Hongrie et en Pologne d’un illibéralisme et d’un atlantisme endémiques, ce dernier plus largement partagé, y compris au sein de l’Europe des Six originelle.

Mais la difficulté principale tient à la réticence croissante de la part de Berlin de contribuer financièrement (1), et de la part de Paris, de transférer à l’Europe sa force de dissuasion nucléaire et sa mainmise sur le siège permanent unique de l’UE-27 au Conseil de sécurité, depuis le départ des Britanniques. La réconciliation franco-allemande, expérience morale authentique, et admirable à beaucoup d’égards, n’a pas suffi à ramener la confiance entre Berlin et Paris.

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17.02.20

Istacec

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