«L’Europe est en train d’abandonner la démocratie, tout comme les Etats-Unis»



 

 

 

A Washington, ils sont nombreux à accorder une plus grande importance à Cour suprême qu’à la Maison Blanche. La soumission à Donald Trump de ceux que l’on nommait jusqu’il y a peu les « républicains » peut s’expliquer par ce que le Président leur accorde dans les marges de la politique : non seulement à la Cour suprême, mais dans toutes les couches du système judiciaire, ils nomment des personnes qui font avancer leur programme archi-conservateur.

 

 


Comment se fait-il qu’un juge puisse obtenir le statut d’icône et devenir le sujet de documentaires et de films, tandis que ses initiales se trouvent sur des t-shirts un peu partout aux Etats-Unis, pourquoi son décès a-t-il fait la une dans tous les journaux du monde ? Ruth Bader Ginsburg (ou RBG) avait mérité son statut d’icône. Le mélange de caractère et de sagesse, de pouvoir et de fantaisie sont toujours attirants. Mais quelle leçon pouvons-nous tirer à propos du système politique, lorsque le décès d’une femme de quatre-vingt-quatre ans forme une menace pour les droits civiques, aux droits des femmes, aux droits sociaux et même au droit de vote de millions de personnes, si ce décès devient un enjeu dans la lutte politique, considérée presque aussi importante que les élections présidentielles en soi ?

En réalité, il ne s’agit pas tant de RBG et des équilibres de pouvoir à la Cour suprême, mais bien du rôle disproportionné que cette Cour joue dans la politique américaine. Ce que nous voyons, c’est un système qui a abandonné la démocratie délibérative. Après tout, pourquoi investir son énergie dans un processus démocratique laborieux, lorsque l’on peut aussi bien faire interpréter ou miner la loi existante à volonté, en nommant juges les « bonnes » personnes ? Ce que nous voyons, c’est un pays qui a abandonné toute idée de valeurs publiques et qui a déplacé la lutte de pouvoir et d’influence aux antichambres et salles d’audience. Ce que nous voyons, c’est un pays qui ne croit plus en « We, the People ».

Les Européens ricanent parfois avec mépris en observant ces scènes, le déclin de la démocratie a pourtant débuté ici aussi. Chez nous aussi, des politiciens laissent les questions épineuses aux juges. L’affaire Hirsi Jamaa de 2012 n’est qu’un exemple, lorsque la Cour européenne des droits de l’homme a condamné l’Italie pour renvoi de demandeurs d’asile vers la très dangereuse Libye. Depuis lors, les tribunaux européens ont régulièrement fait le travail à leur place tandis que la politique européenne, absente, observait anxieusement – allant de la loi draconienne hongroise contre les ONG, l’atteinte au système judiciaire indépendant en Pologne jusqu’à la garantie des droits des couples LGBT mariés.

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28.10.20

Istacec

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