Michel Wiewiorka. « Face au mal »


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Michel Wieviorka est directeur d’études à l’EHESS et président de la Fondation Maison des sciences de l’homme : « Toute mon expérience de chercheur ayant étudié durant une quarantaine d’années le terrorisme, les violences urbaines, le racisme, l’antisémitisme, plaide pour que ce qui divise une société soit traité comme tel, et non nié ou refoulé au profit de l’idée qu’il faut promouvoir uniquement l’unité du corps social, de la nation ou de toute autre forme de vie collective. »  Il publie aujourd’hui « Face au mal. Le conflit sans la violence », aux éditions Textuel.


Le terrorisme trouve certaines de ses sources dans le travail de la société sur elle-même, et dans des processus de perte et de recherche de sens. C’est pourquoi l’analyse sociologique peut s’intéresser à la crise des banlieues, aux transformations de l’immigration depuis les années 70, à la quête de sens caractéristique de centaines de jeunes filles désireuses de rencontrer le grand amour ou de vivre une expérience initiatique au Moyen-Orient ; elle peut reconstituer des parcours depuis le quartier populaire, l’échec scolaire, la délinquance, la prison, etc. Il y a une réelle diversité.

Mais la sociologie classique ne dit pas pourquoi ce sont quelques individus qui passent à l’acte, parmi des dizaines ou des centaines de milliers d’autres qui leur ressemblent sociologiquement : elle risque alors de devenir un sociologisme, qui passe à côté des caractéristiques des acteurs du terrorisme, individuelles, hautement personnelles ou singulières.

D’autre part, si l’on se contente d’examiner la personnalité des terroristes, leur psychologie, avec d’ailleurs une tendance excessive à psychiatriser à l’excès leurs conduites, on court le risque symétrique, qui consiste à ignorer le lien de leurs actes avec leur histoire sociale, qui est elle-même comparable à celle de très nombreuses autres personnes – c’est le psychologisme.

D’où mon humble proposition : circuler en permanence entre les deux registres, l’analyse sociologique, et celle de la personnalité, sans donner le monopole à l’une ou l’autre perspective.


La suite ici : « Face au mal » – 3 questions à Michel Wieviorka

10.02.18

Istacec

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