Migrer, une condition d’existence du vivant


Migrer

 

Toute migration vivante n’est que l’expression temporelle d’une contingence. La penser comme autonome, ce serait précisément en faire une abstraction, voire assimiler certains peuples malmenés à des porteurs de gilet de sauvetage. Derrière le terme de migrant, il n’y a rien. Derrière l’homme que le terme désigne, il y a une traversée du monde. 

 

 


Biologistes, écologues, généticiens et paléontologues s’accordent sur un point: les animaux et les végétaux répondent aux changements environnementaux en s’adaptant ou en ajustant la distribution spatiale de leurs populations. Un tel ajustement, opéré par une fraction juvénile apte à la dispersion, procède d’une migration souvent imperceptible et continue, parfois soudaine, qui refaçonne les cartes du vivant, en transgresse les frontières et en brasse les populations. Les invasions biologiques ont, en ce sens, toujours représenté une chance pour le maintien de la vie, face aux sédentarités mortifères. Les migrations sont une condition de l’existence. L’évolution même est une forme de migration du vivant, en quête de formes et de fonctionnalités nouvelles, mieux ancrées à un monde qui, toujours, se recompose.

Cette vérité première vaut-elle cependant pour les hommes ? La biologie n’est pas la politique, et l’analogie avec les migrations humaines en cours est piégeuse. Ces dernières sont rarement déclenchées par une dégradation progressive des habitats usuels, mais la plupart du temps par des catastrophes les rendant brutalement invivables. Les peuples contraints à migrer, aspirant à des conditions de vie tolérables, partent non pas vers des espaces familiers équivalents mais vers l’ailleurs et l’inconnu de mondes possiblement meilleurs. Rien de tel, pour être exact, chez les bêtes et les plantes qui, à l’instar des grenouilles et des chênes au cours des dernières glaciations, ont suivi tant bien que mal le glissement de leurs milieux.

Il y a pour autant davantage qu’une analogie entre les déplacements opérant chez les non-humains et les humains. Il y a notamment la promesse d’une richesse dans la refonte de notre regard sur les «migrants», terme ô combien réducteur. Pas plus qu’il n’existe d’espèce vivante migrante en tant que telle, il n’existe de population humaine migrante en soi.

La suite icihttps://www.liberation.fr/debats/2018/09/20/migrer-une-condition-d-existence-du-vivant_1680151

23.09.18

Istacec

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