« Moi, Dounia, hébergeuse de migrants, arrêtée, menottée, emprisonnée… »


hébergeuse

 

 

 

 

« Ah ah ah! Elle veut voir un mandat ! Madame fait de son nez ! Allez on va vous le montrer ! ». Et puis, ils me montrent le mandat en néerlandais. J’ai compris « mensen stroper », « trafiquant d’êtres humains », « criminele organisatie », « organisation criminelle ». C’était inconcevable. Je ne savais plus où j’étais

 


Comme plus de 7.000 membres de la Plateforme citoyenne d’aide aux réfugiés, célébrée cette semaine par un article d’une page pleine (!) dans le New York Times, Dounia Depoorter héberge. Tout comme Anouk Van Gestel, Myriam Berghe et d’autres hébergeurs qu’un procureur a refusé de criminaliser – même si quelques peines légères ont été requises – lors d’un procès retentissant. La justice, il faut s’en réjouir, semble, finalement, avoir du discernement. Certaines autorités tiquent, en effet, face à la solidarité surtout lorsqu’on leur parle de « migrants« . Avec des conséquences pour les citoyens.

Comme pour Dounia, 45 ans, célibataire, sans enfants. Professeure de chant, issue d’un milieu bourgeois, c’est une femme joyeuse, bien dans sa peau et à la carrière professionnelle épanouie. Un dimanche d’octobre dernier à 5h30 du matin, dans son appartement ixellois, elle est réveillée par des bruits et des faisceaux de lumière qui proviennent de la cage d’escalier. Une porte ajourée, qui donne sur le palier, condamnée par une étagère dans laquelle sont rangées des affaires de toilette craque puis cogne le meuble qui se renverse. Elle se lève, jette un œil dans la pièce voisine. Ses deux invités soudanais, âgés de 18 et de 25 ans, dorment encore, à poings fermés… Elle décide d’aller voir ce qui se passe dans le couloir et se dirige vers la porte d’entrée.

Dounia Depoorter : J’ai ouvert la porte et j’ai dit: « Mais qu’est-ce que vous faites ?!« . Et là, il y avait 15 policiers en gilet pare-balles qui rushent à l’intérieur. Deux ou trois m’ont sauté dessus, m’empoignent, me poussent contre le piano, et on me fait une clef de bras. Douloureuse, donc je crie. Immédiatement, ils hurlent à leur tour « Elle résiste, elle résiste! Note-le, écris-le, elle résiste ! ». La pression sur mon bras se fait plus forte, je crie encore. On me dit « Taisez-vous, vous êtes privée de liberté, vous avez perdu vos droits ! ».

La suite ici :  « Moi, Dounia, hébergeuse de migrants, arrêtée, menottée, emprisonnée… »

12.11.18

Istacec

Laissez un commentaire

You must be connecté pour laisser un commentaire.