«N’instrumentalisez pas les historiens dans le débat sur le passé colonial»



En tant qu’historien.nes et chercheur.ses en sciences humaines et sociales se penchant sur l’histoire coloniale du Congo, nous souhaitons répondre aux récentes déclarations portant sur l’existence contestée d’un « consensus historique » sur les atrocités commises au Congo sous le règne de Léopold II.


Le Palais dit attendre un « consensus historique » sur la responsabilité de Léopold II dans la violence de « son » État indépendant avant de s’exprimer sur ce sujet. Un coup d’œil sur les travaux historiques des trente dernières années montre toutefois que ce consensus existe bel et bien et ne dépend pas de nouvelles études détaillées pour être étayé, comme semblent le suggérer certains. Le débat sur la responsabilité de Léopold II dans le règne de terreur au Congo rappelle à certains égards celui sur le réchauffement climatique, en ce sens qu’une petite minorité reste aveugle à l’écrasante charge des preuves déjà amassées.

En tant que souverain autocrate de l’État Indépendant du Congo, Léopold II était responsable d’un régime fondé sur une violence massive et structurelle, visant à l’exploitation maximale des ressources de « sa » colonie et ayant conduit à une diminution de sa population – selon les derniers calculs démographiques/historiques – d’un à cinq millions de Congolais. Il était conscient des horreurs perpétrées sur le terrain, mais n’a pratiquement rien fait pour les arrêter. Il existe un large consensus historique sur ces questions.

En outre, le focus sur Léopold II ne doit pas conduire à ignorer les responsabilités de l’État belge, qui a pris le contrôle du Congo en 1908. Le régime du Congo belge s’appuyait également sur le racisme, la répression et l’exploitation, indépendamment des motivations individuelles des coloniaux. Le colonialisme s’est accompagné d’une propagande sélective, qui mettait en avant des éléments jugés « positifs » tels que les réalisations dans le domaine de l’éducation, des soins de santé et du développement d’infrastructures, mais sans mentionner le fait que ces efforts étaient aussi déployés en fonction du profit économique pour la « mère patrie » belge. De plus, ces éléments ne compensent en rien les souffrances de la population congolaise.

La suite ici :Carte blanche: «N’instrumentalisez pas les historiens dans le débat sur le passé colonial»

17.06.20

Istacec

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