Nous sommes tous des migrants, Signor Salvini







Dans le collimateur des racistes et des populistes : les Italiens, hier ; les migrants d’Afrique, aujourd’hui. Et demain, quel avenir pour la démocratie européenne et ses citoyens ? On entend trop souvent comme argument, aujourd’hui : « Les Italiens, c’était des Européens, des chrétiens. » Donc, c’était acceptable. L’argument ne vaut pas : à l’époque, on rejetait les Italiens comme on le fait aujourd’hui des nouveaux migrants. Avec la même haine, la même ignorance, la même hypocrisie.


 



Samedi 2 février, se jouait au théâtre 140 un spectacle intitulé : « Italiens : quand les émigrés, c’était nous ». Créé par Rocco Femia et interprété par une troupe où les professionnels se mêlent aux amateurs, le Gruppo Incanto. Autour de chants traditionnels et populaires italiens, c’est le récit d’une des plus grandes diasporas de l’histoire qui nous est contée.

On dira : on connaît la chanson, on connaît l’histoire. Les « Ritals », les « Macaronis » que l’on a fait venir chez nous pour qu’ils travaillent dans la mine ou dans les usines, avec interdiction de faire d’autres métiers. On se souviendra du compositeur mondialement connu pour sa chanson « Marina », Rocco Granata, qui a dû tricher pour contourner l’interdiction formelle qu’on lui avait opposée de jouer de la musique professionnellement. Nombre des enfants de cette migration sont devenus des représentants de notre culture, de notre pays : Adamo, Franco Dragone et tant d’autres (Sandra Kim, Enzo Scifo…), y compris Elio Di Rupo, même si l’on doit regretter qu’il n’ait pas compris qu’il était grand temps de laisser la place aux plus jeunes – mais c’est une autre histoire.

Que raconte ce spectacle ? Que l’équivalent de la population italienne au jour de l’indépendance, en 1861, a quitté le pays. Vingt-trois millions d’Italiens sont partis entre 1876 et 1976. Au péril de leur vie. À la frontière entre la France et l’Italie, le col du « Pas de la mort » a vu mourir 187 candidats – combien de cadavres la Méditerranée a-t-elle engloutis aujourd’hui, de ces autres candidats à la survie ? Les journaux de l’époque et les carnets de voyage des visiteurs de la Péninsule sont d’une violence verbale extrême contre ces migrants, que l’on accuse de tous les maux, que l’on charge de toutes les tares. Le poète anglais Shelley décrit ainsi les Italiens qu’il est obligé de côtoyer pendant son Tour d’Italie, à croire qu’il regrette amèrement que tous les autochtones n’aient pas choisi d’émigrer : « Les hommes italiens peuvent difficilement se définir comme tels, ils semblent être une tribu d’esclaves stupides et mous, et je ne pense pas avoir vu un seul éclair d’intelligence dans leurs yeux depuis que j’ai traversé les Alpes. Quant aux femmes, elles sont peut-être les plus méprisables parmi celles qui se trouvent sous la lune, les plus ignorantes, les plus dégoûtantes, les plus bigotes, les plus sales. »

 La suite ici :https://plus.lesoir.be/205568/article/2019-02-09/nous-sommes-tous-des-migrants-signor-salvini

11.02.19

Istacec

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