Plaidoyer pour l’idéologie



 




 

A écouter les analystes, dans notre monde sans clivages politiques, les votes refléteraient la position sociale des électeurs, pas leurs opinions. Est-ce si sûr ? Le problème de cette présentation est qu’elle introduit une perspective post-politique dans l’analyse politique. En superposant choix électoral et position sociale, on ignore qu’il y a plusieurs définitions du progrès et plusieurs conceptions du peuple. 



 

«Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais c’est la vie qui détermine la conscience.» Cette célèbre déclaration anti-idéaliste de Marx reçoit de plus en plus souvent une application électorale. D’après elle, le vote des citoyens s’expliquerait par leur position dans la société, et non par les opinions qu’ils se font sur ce qui est politiquement désirable. Comme ce ne sont pas les idées qui font agir les individus, mais leur situation objective dans la société, il faut revoir à la baisse l’influence des croyances politiques dans le comportement électoral.

Le moins que l’on puisse dire est que les partis qui, de près ou de loin, se réclament du marxisme n’ont pas remporté de succès éclatant lors des dernières élections européennes. On peut glaner ici ou là (Espagne, Portugal, Pays-Bas) des signes encourageants pour la social-démocratie, mais le retour à la lutte des classes que semblait annoncer le mouvement des gilets jaunes n’a reçu aucune traduction dans les urnes.

Ce qu’elle n’a pas regagné électoralement, l’analyse en termes marxistes semble en revanche l’avoir reconquis dans le commentaire politique. Nombre d’analystes, surtout en France, s’accordent sur le fait que le clivage droite-gauche (fondé sur des idées, des doctrines et une histoire) ne constitue plus le discriminant principal du vote. Désormais, dit-on, les choix politiques reflètent simplement la position sociale (et éventuellement territoriale) des électeurs.

Le problème de cette présentation est qu’elle introduit une perspective post-politique dans l’analyse politique. En superposant choix électoral et position sociale, on ignore qu’il y a plusieurs définitions du progrès et plusieurs conceptions du peuple. Prétendre que celles-ci n’ont plus rien à voir avec des idéologies politiques, c’est nier ce qui fait le propre de la démocratie : la possibilité de requalifier en opinions des appartenances sociales.

La suite icihttps://www.liberation.fr/debats/2019/05/31/plaidoyer-pour-l-ideologie_1730863

4.06.19

Istacec

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