Jan-Werner Müller: «Les populistes ont une vision passive du peuple»


vision

 

Pour le politologue allemand et professeur à l’université de Princeton, les droites radicales profitent de l’effondrement de l’infrastructure démocratique. Et de l’absence d’alternative à la technocratie.

 

 


Il faut se méfier de l’image d’une vague populiste unifiée et quasi irrésistible. Les contextes dans lesquels ils émergent restent assez différents, et leurs causes ne sont pas nécessairement les mêmes. Néanmoins, tous ces populismes ont en commun la revendication morale d’un monopole de la représentation. Erdogan en Turquie, Modi en Inde, Salvini en Italie, Orbán en Hongrie, Trump ou Bolsonaro, tous prétendent incarner la voix de ce qu’ils appellent le «vrai peuple». Ils établissent, à l’avance, l’image d’un peuple «véritable» à partir duquel ils déduisent sa volonté authentique.

Dans son discours, Trump invoque constamment cette rhétorique de l’appartenance à un peuple ou à une culture donnés sur la base de critères moraux, qui relèvent bien souvent dans son cas de l’idéologie productiviste ; l’idée que le peuple vertueux est constitué de petits producteurs tandis que les autres, les immigrés, profitent du système. Cette caractérisation morale est la condition seule à même de permettre le passage d’une représentation empirique de la volonté à une représentation symbolique, populiste.

Sont-ils nécessairement populistes parce qu’ils parlent du peuple ?

Tout politique est légitime de donner sa propre vision du peuple qu’il prétend pouvoir gouverner. Seulement, chez les populistes, l’image du peuple est imposée, homogène, fixe et non discutable.C’est une conception purement théorique qu’on ne peut pas invalider empiriquement. D’où leur tendance à déclarer le système électoral «frauduleux» dès lors qu’ils perdent une élection. Avant d’être élu président, Trump avait annoncé qu’il n’accepterait le résultat de l’élection qu’en cas de victoire. Bolsonaro a déclaré qu’il ne reconnaîtrait pas sa défaite. Tous les populismes partagent cette négation de la pluralité des opinions au sein de la démocratie représentative.

La suite icihttps://www.liberation.fr/debats/2018/11/05/jan-werner-muller-les-populistes-ont-une-vision-passive-du-peuple_1690066

10.11.18

Istacec

Laissez un commentaire

You must be connecté pour laisser un commentaire.