« Que peut devenir la science dans une société qui préfère la concurrence à la collaboration ? »



 

 

 


Dans son ouvrage  Détournement de science, être scientifique au temps du libéralismel’enseignant-chercheur  Jean Marie Vigoureux explore les liens entre science, progrès et morale. De l’écueil du scientisme au XIXe siècle, nous serions passés à celui de l’économisme, dont les excès, en détournant la science au profit d’une vision totalitaire de l’économie, seraient largement responsable des crises que nous traversons

 

 


On a entendu de nombreuses confusions et approximations sur la lecture d’études scientifiques Qu’est-ce que cela révèle, selon vous, de notre rapport à la science ?

Jean-Marie Vigoureux : Cela jette le discrédit sur la science à un moment où tout le monde se met à douter de tout, et à douter notamment de la nature de la science. Bien sûr, il existe des chercheurs qui peuvent frauder ou se laisser corrompre, ni plus ni moins que dans tout autre secteur d’activité. Mais la science en soi ne dysfonctionne pas. Ce qui est grave, c’est que cette production de doute soit souvent menée de façon volontaire, dans des buts peu avouables, par certains qui disent s’abriter derrière la science.

On sait comment l’industrie du tabac, puis celle des pesticides, ont investi des millions de dollars en communication pour jeter le doute sur la nocivité avérée de leurs produits. Monsanto en est un exemple. Le problème vient d’une utilisation déformée – et je dirais perverse – de résultats scientifiques tronqués ou réinterprétés par ces multinationales, pas de la méthode scientifique elle-même dont le fonctionnement est solide.

Einstein disait que la science avait pour but d’organiser de façon cohérente l’ensemble de nos perceptions. Comprendre et nous représenter l’univers dans lequel nous vivons, mais aussi comprendre la cause, l’origine des phénomènes qui nous entourent pour nous permettre de vivre. Les notions de cause et d’origine sont liées à celles de naissance, de nature, et nature se dit physis en Grec. De là vient le nom de « physiciens »  donné aux « chercheurs de causes ».

Dans cette recherche, la science se dote de règles très strictes ; de contraintes de cohérence interne et de rationalité. Un résultat doit être reproductif. La science se livre à ce que le philosophe des sciences Alexandre Koyré appelle le « dialogue expérimental » : on observe, on réfléchit, on formule une hypothèse, en s’aidant le plus souvent des mathématiques pour s’astreindre à une exigence de rigueur, on expérimente pour tester cette hypothèse, etc.

La suite ici :« Que peut devenir la science dans une société qui préfère la concurrence à la collaboration ? »

28.06.20

Istacec

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