Que révèle le succès des thèses complotistes pendant l’épidémie de Covid-19 ?



Olivier Klein, professeur de psychologie sociale à l’Université libre de Bruxelles, analyse les raisons et les conséquences de l’explosion des théories du complot depuis le début de la pandémie.


Ce n’est pas une surprise. Pendant les périodes de crise, on observe une augmentation de la diffusion des croyances de nature complotiste. Ces théories du complot répondent à trois grandes motivations d’ordre psychologique.

La première est épistémique : on cherche à comprendre ce qui se passe. La théorie du complot opère comme une grille d’analyse simple d’une réalité complexe. Elle fournit une explication dans une situation d’incertitude.

La deuxième motivation à laquelle répond la théorie du complot, c’est se sentir bien, avoir une vision positive de soi. Une situation de crise vous place dans une situation de vulnérabilité psychologique particulière. La théorie du complot vous permet de reprendre le contrôle. On peut agir. On peut résister. On peut ne pas mettre son masque. On n’est plus un mouton qui se contente de suivre les ordres d’une autorité en laquelle on n’a plus tellement confiance.

La troisième motivation est une question de lien aux autres. On a besoin d’être proche d’autres personnes. C’est un besoin humain fondamental. Avec le confinement, les gens sont beaucoup plus isolés, leurs réseaux sociaux sont réduits ou menacés. Le complotisme permet de devenir membre d’une communauté. Partager ces théories du complot, qui remettent en question le discours dominant, c’est se constituer une identité valorisante. Chaque fois que vous partagez une nouvelle vidéo, vos amis, membres de cette communauté, de ces groupes répondent et vous valorisent.

Virus, vaccin, 5G, cryptomonnaie… N’assiste-t-on pas, avec cette pandémie, à une « convergence des luttes » complotistes ?

Les gens qui croient à une théorie du complot croient souvent aux autres. Mais ce qui me frappe avec cette pandémie, c’est que des groupes qui ont des origines assez différentes a priori convergent et font tous la publicité d’une même théorie du complot.

Vous avez d’une part des groupes issus de la droite et de l’extrême droite américaine, populiste, trumpienne, comme QAnon ; et d’autre part, tout ce milieu, qui a priori n’a rien à voir, des médecines douces et qui nourrit notamment le mouvement antivaccin.

La suite ici :GRAND ENTRETIEN. Que révèle le succès des thèses complotistes pendant l’épidémie de Covid-19 ?

3.12.20

Istacec

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